Alors que la Saint-Valentin s’apprête à célébrer les amoureux, trouver son âme sœur ne semble plus être une priorité pour les jeunes générations, tant par choix que par contrainte sociétale et économique.
La tendance est claire. Le célibat augmente dans de nombreux pays. De plus en plus de personnes ne se mettent pas en couple, ne se marient pas et retardent ou renoncent à avoir des enfants. Cette évolution reflète un changement culturel profond, favorisé par les conditions économiques et sociales qui transforment les trajectoires de vie traditionnelles. Un véritable virage par rapport aux générations précédentes, pour qui ce schéma couple-mariage-bébé était naturellement perçu comme la norme doublée d’une forme d’accomplissement.
Le nombre de jeunes adultes célibataires a doublé en 50 ans
Le monde entre dans une nouvelle conjoncture maritale. Selon une enquête de The Economist, la proportion de jeunes adultes (25‑34 ans) sans partenaire conjugal a presque doublé en 50 ans dans les pays riches. Aux États-Unis, ce statut concerne environ 50 % des hommes et 41 % des femmes. De ce fait, la baisse du taux de mariage a entraîné l’apparition de près de 100 millions de célibataires supplémentaires en seulement quelques années.
Côté Europe, et selon Eurostat, le nombre de ménages composés d’un adulte vivant seul (sans autre adulte ni enfant) a fortement augmenté entre 2015 et 2024 : +16,9 % sur cette période. En 2024, 75 millions de ménages européens étaient constitués d’adultes seuls (sans enfants), ce qui montre une croissance claire du célibat ou de la vie non-conjugale au sein de la population adulte. Une autre source basée sur Eurostat indique qu’environ 30 % des jeunes adultes dans l’Union Européenne vivent encore chez leurs parents.

En découle une baisse de la natalité, aussi liée au plafond de verre que rencontrent les femmes après un accouchement et à la charge mentale encore trop importante pour le sexe féminin. En France, en 2024, il y a eu 663 000 naissances, soit une baisse de 2,2 % par rapport à 2023 et de 21,5 % par rapport à 2010. Le nombre moyen d’enfants par femme a atteint son niveau le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et la tendance ne fait que s’accélérer. En 2025, et pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès a dépassé celui des naissances, toujours en France.
Les jeunes renoncent à “être en couple pour être en couple”
Plusieurs facteurs structurels expliquent ce phénomène. D’une part, les pressions économiques pèsent sur les jeunes actifs. Inflation, hausse du coût de la vie, difficultés d’accès au logement… L’environnement financier des jeunes reste instable, compliquant les projections maritales et familiales. Sans compter que les nouvelles générations entrent parfois dans la vie active plus tard, entre les études longues, les difficultés à obtenir un CDI plaisant et bien payé, l’envie de voyager quelques mois, la difficulté de rencontrer quelqu’un dans la “vraie vie”, le rejet des applications de dating ou le fait de rester plus longtemps chez ses parents pour s’assurer une petite épargne.
D’autre part, les attentes sont plus hautes. Selon le rapport de The Economist, les femmes recherchent davantage des hommes matures et stables émotionnellement comme financièrement, tandis que les jeunes hommes peinent à s’intégrer dans le marché du travail. Encore une fois, ce n’est pas forcément l’amour en lui-même qui est remis en question, mais plutôt le rejet d’une vie conjugale médiocre ou peu satisfaisante.
D’autre part, l’évolution des mentalités a encouragé les jeunes à valoriser leur autonomie personnelle, à se réaliser individuellement et à ne pas s’engager trop rapidement au détriment de leur bien-être personnel. L’évolution des rapports de genre a aussi boosté la tendance. Les nombreux témoignages sur les réseaux sociaux, les informations à la télévision et la vision plus critique des couples âgés restants ensemble même si l’amour n’est plus là ont participé à cette conscience des inégalités hommes-femmes.

Certains jeunes évitent des relations jugées déséquilibrées et les traits toxiques des partenaires en vue sont évalués et écartés, quitte à rester seuls plus longtemps. D’autant plus quand leur entourage amical ou familial part du même principe. Les célibataires se sentent moins jugés quand ils appartiennent à une communauté ou un groupe pour qui la réussite de vie n’est pas corrélée au fait de se mettre en couple.
L’émergence du mouvement 4B
Ce phénomène se lie au mouvement 4B, un courant féministe radical né en Corée du Sud à la fin des années 2010. Son nom repose sur le mot coréen “bi”, signifiant “non”, et se décline en quatre principes fondateurs : Biyeonae (pas de relations amoureuses), Bihon (pas de mariage), Bisekseu (pas de sexe hétérosexuel) et Bichulsan (pas d’enfants).
Au-delà d’un simple choix de célibat ou d’abstinence, 4B s’affirme comme une forme de protestation contre les structures patriarcales et les normes sociales traditionnelles, souvent en réponse à des expériences de violences ou d’inégalités vécues par les femmes.
Depuis 2024, le mouvement a franchi les frontières de la Corée du Sud, se diffusant principalement aux États-Unis et en Europe via les réseaux sociaux. Sous forme de hashtags ou de tendances associées à d’autres mouvements comme le Boy Sober (l’abstinence relationnelle envers les hommes), 4B y prend souvent une dimension culturelle plus que politique. Pour beaucoup de jeunes femmes occidentales, le mouvement apparaît ainsi comme un prolongement du célibat volontaire moderne, un choix personnel de liberté et d’indépendance.

“Être en couple n’est plus la preuve irréfutable de votre féminité. Ce n’est plus un accomplissement. Au contraire, il est presque plus valorisant d’affirmer que vous êtes célibataire” a indiqué la journaliste Chante Joseph dans un article du Point.
Cependant, 4B suscite également des critiques, y compris au sein du mouvement féministe. Certains le jugent trop radical ou difficilement applicable hors de son contexte d’origine, et il ne reflète qu’une minorité des luttes pour l’égalité des genres. À l’échelle sociétale, il est parfois accusé de misandrie ou d’exclusion de certaines identités de genre. Malgré ces controverses, le mouvement 4B illustre une évolution majeure des comportements relationnels et familiaux aujourd’hui, où le célibat et le refus des normes traditionnelles deviennent des formes visibles de revendication sociale.
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