On connaissait le slow travel, la slow fashion et le slow living. Place maintenant à la Slow TV. Des chaînes télévisées misent sur la diffusion d’événements quotidiens ou naturels en temps réel et en continu. Paysages oniriques, vie des animaux, voyage d’un train… Une tendance qui capitalise sur la contemplation.
Exit les chaînes d’info en continu, les jeux rythmés et les talk-shows bruyants. Alors que la télévision entre dans une phase décisive entre la perte d’intérêt des jeunes pour le petit écran et les générations plus mûres toujours habituées à allumer le téléviseur, la masse d’émissions existantes continue d’en faire un canal de divertissement important. Si des centaines de contenus variés cohabitent, un phénomène bien particulier prend le contrepied de cette surabondance télévisuelle et du buffet à volonté version Netflix : la slow TV.
La contemplation télévisuelle
La slow TV fait référence aux chaînes de télévision dites contemplatives. Ces dernières offrent une expérience immersive et apaisante en diffusant des événements quotidiens ou naturels en temps réel, sans narration ni montage. Pendant plusieurs heures, voire 24h sur 24, ces chaînes présentent des paysages, des animaux dans leur environnement naturel ou encore des voyages particuliers. Toujours dans un mantra de douceur, d’observation méditative et de rêverie.

“La “slow TV” s’inscrit sur un temps long, là où les formats télévisuels sont très minutés et pensés pour une programmation courte. Elle s’étale sur plusieurs heures, plusieurs semaines, voire plusieurs mois. […] La “slow TV” est sans script, sans scénario, sans narration et prend la forme d’un dispositif. On place des caméras, on réalise un plan séquence sans savoir exactement ce qui va se passer” explique Barbara Laborde, chercheuse, maîtresse de conférence à l’université Sorbonne Nouvelle, et experte en histoire de la télévision et des médias, dans une interview pour RFI.
De la Norvège au monde
Selon la spécialiste, la slow TV est née à la télévision norvégienne avec un voyage en train entre Bergen et Oslo. En effet, le tout premier programme de slow-TV, ou sakte-TV en norvégien, a été diffusé en 2009 sur la NRK (Norwegian Broadcasting Corporation), la chaîne de télévision publique. Tourné en été, le programme proposait une expérience ininterrompue d’une durée de sept heures. “Une caméra était posée sur la tête de la locomotive et on la regardait rouler sur les rails pendant tout le temps du trajet”. Et le programme a connu un franc succès avec 176 000 personnes ayant suivi le programme et 1,2 million de personnes l’ont regardé au moins une fois, soit 20% de la population suédoise.
Depuis, plusieurs chaînes ont adopté ce format. En Norvège, on trouve ainsi NRK qui a entre autres diffusé une croisière de cinq jours le long de la côte norvégienne. En Suède, la migration des élans a été présentée en continu pendant trois semaines sur SVT (Sveriges Television).

La BBC au Royaume-Uni a lancé des programmes comme All Aboard!, un voyage en train à travers le pays ; The Beauty of Maps, une exploration des cartes anciennes ; ou encore The Secret Life of the Zoo, une immersion dans la vie quotidienne des animaux du zoo de Chester. Toujours outre-manche, ITV a diffusé Unwind with ITV, une programmation ambiante comprenant des images de paysages paisibles et de graphiques animés, accompagnées de musique douce. Outre-Atlantique, aux États-Unis, Discovery+ propose une série de vidéos immersives sous le label Slow TV Immersions, incluant un trajet en train à travers la Norvège et le nord du Canada et une observation des aurores boréales.
En France, IMEARTH est une chaîne de télévision qui dévoile des images et des ambiances visuelles et sonores, sans voix off et sans narration, autour de la nature, du patrimoine et du voyage. A partir du 8 septembre, France 3 Paris Île-de-France a intègré aussi la tendance avec “Le brame du cerf”, un programme de trois semaines qui diffuse 24h/24 le phénomène naturel du brame du cerf depuis l’Espace Rambouillet, avec sept caméras immersives.
Toucher le public adepte du slow living
La slow TV vise une audience qui entend prendre le temps dans un quotidien effréné. “Il y a une sur-agitation, une surexcitation, une surdose de sons et d’images. Pour un plateau télé qui dure une heure, sur internet on retrouve des petits bouts encapsulés indépendamment les uns des autres pour les regarder sur un temps très court. C’est la frénésie actuelle de la télévision. La “slow TV” vient prendre le contre-pied et dire “non, la diffusion télévisuelle ça peut aussi être autre chose”. La “slow TV” a la vertu de faire repenser le temps aux spectateurs, la temporalité de la télé” indique Barbara Laborde.

“On oublie d’être juste dans la contemplation, dans une passivité par rapport au temps. C’est ce qui fait que la “slow TV” a pas mal de succès. Est-ce que j’ai envie d’être toujours dans la frénésie de chaque minute de mon temps ? Ça va aussi dans le sens d’une industrie florissante autour du bien-être. Tous les discours sur [l’intérêt de] faire du yoga, de la méditation, se détendre… On a vu à quel point les progrès techniques accélèrent le temps, accélèrent les possibilités de gestion de notre quotidien et pour autant, on a souvent envie de faire machine arrière, de se poser, de respirer…”
La tendance s’inscrit donc dans une mouvance globale de ralentir le rythme, de reposer ses sens et de savourer l’instant présent. Une nouvelle quête de bonheur et de bien-être à contre-courant de nos sociétés de l’accélération, de l’immédiateté et du zapping.
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