Mocha Mousse, Peach Fuzz et Viva Magenta… Pantone a dévoilé la couleur de l’année 2026 : Cloud Dancer, une nuance de blanc délicate et épurée. La teinte n’a pas fait l’unanimité, au-delà de sa simplicité apparente.
Chaque année depuis 1999, la société Pantone, fondée dans les années 1960 en Amérique et connue pour son nuancier Pantone Matching System composé de plusieurs milliers de couleurs, révèle la teinte tendance par excellence. Une couleur que l’on devrait voir partout et qui pourrait inspirer toutes les sphères artistiques, entre design, décoration, mode et lifestyle en général. Inspirante et populaire, cette nuance est aussi censée refléter l’ambiance globale de l’année à venir, plutôt douce, joyeuse ou sobre.
En 2025, Pantone valorise le Mocha Mousse, un brun chaleureux incarnant un refuge sensoriel. L’édition précédente mettait en valeur Peach Fuzz, une nuance douce entre le rose et l’orange, évoquant la pêche veloutée. Dans une période d’incertitude, elle symbolise surtout la tendresse, la bienveillance et le partage. 2023 célébrait quant à elle Viva Magenta, une teinte rouge carminée audacieuse, joyeuse et stimulante, représentant le « monde nouveau » de l’après COVID.
Si toutes ces dernières couleurs évoquent des thèmes précis et en lien avec leur époque, ainsi que des émotions parlantes, la teinte de 2026 n’a pas convaincu le public. Pantone a en effet choisi Cloud Dancer, un blanc doux, pur et légèrement feutré, à la frontière entre le blanc classique et un blanc aux nuances subtilement crémeuses.
Polémique sur fond politique
C’est la première fois que l’entreprise américaine se tourne vers un blanc comme couleur de l’année. Pantone 11-4201, le code de la couleur, est associé à l’idée de pureté, d’une libération du superflu et d’une neutralité liée à une quête d’équilibre. Elle suggère le besoin de créer des espaces visuels tranquilles et apaisants pour les yeux, et représente une page blanche, un renouveau.
« Pantone 11-4201 Cloud Dancer symbolise une influence apaisante dans une société qui redécouvre la valeur de la réflexion tranquille. Blanc bouillonnant imprégné de sérénité, il invite à la détente et à la concentration véritable, permettant à l’esprit de vagabonder et à la créativité de respirer », explique la firme sur Instagram.
Rapidement après sa présentation le 5 décembre dernier, la couleur s’est attiré les foudres d’une partie du public. De nombreuses personnes n’ont pas été inspirées par cette teinte, lui préférant même le Rebel Pink d’Ikea, un rose pâle éclatant. Beaucoup ont réagi sur les réseaux en se moquant du fait que ce soit juste… du blanc. Certains ont même tranché en indiquant que Cloud Dancer n’était tout simplement pas une couleur.
« Le fait que la couleur de l’année soit incolore est un indicateur de récession« ; « À un moment où la couleur est utilisée pour exprimer la culture, la diversité, l’émotion et l’innovation, choisir une teinte à base de blanc paraît, au mieux, déconnecté » ; « Aussi la couleur de l’abandon« ; « Le pire choix de Pantone, tellement ennuyeux »… Sur les réseaux sociaux, les internautes n’ont pas manqué de critiquer la fadeur de la nuance et ce qu’elle représente.
Mais les indignations ne se sont pas arrêtées là. Les débats sont devenus politiques et sociétaux. « Le blanc est la quintessence de la neutralité. Mais dans une année où le nationalisme blanc fait partie des sujets dominants de l’actualité, ce choix suscite l’étonnement », écrit par exemple une journaliste du Washington Post.
Certains commentaires pointent le fait que la blancheur est historiquement chargée symboliquement, notamment associée à la suprématie blanche et aux inégalités raciales. D’autres estiment que ce type de choix résonne avec un univers visuel que peuvent préférer les milieux aisés et riches, où le minimalisme est associé à la sophistication et à la richesse discrète, à la façon du Quiet Luxury.
Pantone se défend
Face à cette polémique, Pantone n’a pas tardé à réagir pour défendre sa couleur et s’expliquer sur son choix. Dans un article du Washington Post, Laurie Pressman, vice-présidente du Pantone Color Institute, rejette l’idée que l’institut évoquait une certaine teinte de peau. Une affirmation que la dirigeante semble répéter chaque année.
« Pour Peach Fuzz (couleur de l’année 2024), tout comme pour Mocha Mousse (couleur de l’année 2025), on nous avait déjà demandé si cela avait un rapport avec les teintes de peau. Ce qui nous avait laissés stupéfaits », déclare-t-elle au Parisien.
Selon elle, et toujours dans les colonnes du magazine, Cloud Dancer est une « couleur structurelle qui se marie avec tout. Le blanc est la base qui permet aux autres couleurs de se révéler pleinement ». Pantone confirme en même temps que l’institut n’associe pas une couleur à une vision politique. Les couleurs restent, en somme, des couleurs.
Leatrice Eiseman, directrice exécutive du Pantone Color Institute, mentionne quant à elle que la teinte représente une « toile vierge qui ouvre de nouvelles voies et de nouvelles façons de penser », comme un « murmure de calme dans un monde bruyant ».
Sur son site, Pantone a tout de même publié ses conseils d’association pour intégrer le Cloud Dancer dans le quotidien. Avec des pastels poudrés, des teintes vives et chaudes, des nuances de bleus, de gris et de violet rappelant l’univers aquatique ou atmosphérique, des palettes organiques et naturelles (beiges, marrons et orange), des tonalités tropicales, des contrastes entre la lumière et l’ombre, et des tons opposés comme le glamour du rouge et la profondeur du noir… L’avantage de ce blanc cassé est sa facilité de mariage avec d’autres couleurs, offrant un terrain d’expression inégalable.
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Photo à la Une : Pantone

