Les Hauts de Hurlevent, histoire d’amour fou… de censure et de lutte des classes

Près de 180 ans après sa parution dans les librairies, le livre Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë est revenu sur les écrans en 2026 et devrait faire parler de lui encore lors des Oscars 2027. Aussi adulé que critiqué, le très médiatique Hurlevent d’Emerald Fennell est parvenu à un succès public en salle, porté par les iconiques Margot Robbie et Jacob Elordi.

 

Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights), publié en 1847, est l’unique roman d’Emily Brontë, écrit sous le pseudonyme Ellis Bell. Avant cet ouvrage, Emily, qui avait surtout publié de la poésie, menait une vie discrète dans le Yorkshire avec ses sœurs Charlotte et Anne, également écrivaines.

 

La nouvelle adaptation d’Emerald Fennell, déjà réalisatrice de Saltburn (2023) prend une saveur toute particulière sur fond de tendance littéraire Dark Romance, de retour du sexy au cinéma et de censure d’œuvres majeures aux Etats-Unis – auquel est déjà confronté le roman originel – depuis le deuxième mandat de Donald Trump en janvier 2025. 

 

Une histoire d’amour tortueuse… et de haine

 

Œuvre majeure du roman gothique, le livre raconte l’obsession tragique et destructrice entre Heathcliff et Catherine Earnshaw dans les landes sauvages du Yorkshire. Enfant trouvé originaire de la très laborieuse Liverpool, recueilli par des aristocrates désargentés, les Earnshaw, Heathcliff et son amour fusionnel pour Catherine, la fille de la maisonnée, se heurtent aux barrières sociales lorsqu’elle épouse le raffiné Edgar Linton, afin de conserver un certain confort. Humilié et blessé, il disparaît puis revient, riche et déterminé à se venger. La narration complexe, faite de récits imbriqués, suit la façon dont la passion mêlée de haine, de vengeance et de classe sociale affecte deux générations des familles Earnshaw et Linton.

 

 

À sa sortie, le roman fut accueilli avec hostilité par la critique victorienne, qualifié de “cru” ou “immoral”, certains contemporains étant choqués par la brutalité des personnages et des émotions décrites. Mais au fil du temps, Les Hauts de Hurlevent a été réévalué comme un chef-d’œuvre littéraire, alliant puissance poétique, intensité émotionnelle et exploration profonde des passions humaines.

 

Hurlevent par delà le temps

 

Si le roman d’Emily Brontë continue de fasciner près de 180 ans après sa parution, Les Hauts de Hurlevent a une quinzaine de fois quitté les 400 pages du roman pour le grand et le petit écran. Dès 1939, Wuthering Heights de William Wyler imposait une vision romantique et hollywoodienne du mythe. En 2011, c’est au tour d’Andrea Arnold de proposer une lecture, plus brute et naturaliste.

 

L’œuvre d’Emily Brontë s’est également imposé dans le milieu musical avec le morceau Wuthering Heights de Kate Bush. Le morceau emblématique de la série Netflix Stranger Things est également celui par lequel la pop star a propulsé sa carrière, contre l’avis de sa maison de disque. La chanteuse aurait écrit son hit quelques heures après le visionnage de l’adaptation cinématographique du film de 1991. Dans le clip, très stylisé, elle apparait en fantôme de l’héroïne du roman, vêtue d’une tenue écarlate, un détail devenue la panoplie indispensable ses fans lors du Kate Bush Day (30 juillet, date de son anniversaire tout comme celui de la romancière) également appelé The Most Wuthering Heights Day Ever

 

Après des décennies d’adaptations, le livre a de nouveau trouvé en 2026 une incarnation avec Hurlevent, réalisé et écrit par Emerald Fennell, une actrice bien connue des fans de la série The Crown (pour son rôle de Camilla) passée derrière la caméra avec Promising Young Woman (2020) et surtout Saltburn (2023).

 

Sorti en salles le 11 février 2026 en France, juste avant la Saint‑Valentin, le film est porté par un casting de stars : Margot Robbie (Barbie, Le Loup de Wall Street, Babylon) dans le rôle de Catherine Earnshaw et Jacob Elordi (Frankenstein, Euphoria, Priscilla) en Heathcliff, entourés de Hong Chau et Shazad Latif.

 

Fennell propose une relecture très libre du scénario original, accentuant l’aspect moderne teinté de Dark Romance pour adolescents. Ce sous-genre littéraire apparu en 2010 et devenu mainstream dans la décennie actuelle, est connu pour esthétiser la violence dans les histoires d’amour, qu’elle soit psychologique ou physique. Si la mise en scène du film reprend le trope de l’amour impossible – grand classique de la Dark Romance – tout comme la dimension sensuelle, la mise en scène est décriée par certains pour édulcorer la complexité gothique de Brontë, voire à simplifier l’intrigue sous le prisme d’un conte de fée classique. 

 

Les décors, costumes et bande‑son (avec des musiques signées Charli XCX) donnent au film une esthétique presque glamour, pensée pour séduire la génération Tiktok et pourraient bien donner lieu à eux seuls aux trophées des Oscars 2027. 

 

Un marketing trop Dark Romance ?

 

La communication autour du film a été massive : campagnes mondiales, apparition de Margot Robbie en tenues spectaculaires d’inspiration XIXe siècle – voire XVIIIe siècle – suivant le method dressing, en ville comme lors d’avant‑premières prestigieuses (par exemple à Paris au Grand Rex), interviews de stars, teasers et bandes annonce largement partagés en ligne, et même des stratégies promotionnelles jouant sur l’amitié “fusionnelle” du duo principal pour créer du buzz. 

 

Sur les réseaux sociaux, le phénomène a même donner lieu à sa micro trend « moorecore », clin d’oeil à l’érotisme cinématographique des années 1990 et 2000. La dernière fois qu’une esthétique avait été aussi puissante, c’était en 2023 avec Barbie, là encore incarnée par Margot Robbie.

 

 

Mais, comme à chaque film très médiatisé et porté par des acteurs en vogue, l’accueil est clivant et donne lieu à une série de controverses. Du côté des critiques, le film reçoit des avis très hétérogènes. Certains saluent l’audace visuelle et l’énergie de l’interprétation, acceptant les écarts entre le livre et le film sur fond de liberté créative et de réinterprétation moderne. 

 

D’autres reprochent une adaptation trop édulcorée, sexualisée et éloignée du livre, jugée plus séduisante qu’émotionnellement profonde. Des reproches pointent notamment l’absence de fidélité historique ou narrative, un renoncement à la violence morale du roman, une mise en scène trop concentrée sur les costumes et la beauté des images, et un style marketing jugé trop calibré pour les réseaux sociaux avec des passages faits pour être repris sur les réseaux. Sans oublier le Whitewashing auquel le film est confronté, la romancière voyant son héro cruel comme une personne de couleur et plus précisément comme un « gitan foncé de peau ». 

 

DR

 

Au box‑office, Hurlevent séduit malgré tout, engrangeant 34 millions de dollars le premier week-end rien qu’aux Etats-Unis. Un symbole pour une œuvre littéraire qui depuis la réélection de Donald Trump en 2025 et la montée du conservatisme est censurée voire interdite dans de nombreux Etats américains en raison de sa violence, sa sexualité implicite, ses rapports humains complexes, parfois immoraux et sa critique des normes sociales de l’époque. 

 

Il n’empêche que le film semble s’inscrire dans la tendance d’une recrudescence des films érotiques après une décennie de vaches maigres. En effet, en mars 2024, le producteur Stephen Follows pointait la chute du contenu sexuel dans les films de l’ordre de 40% par rapport aux années 2000. L’officialisation post #MeToo du métier de coordinateurs d’intimité à Hollywood peut en partie expliquer ce revirement culturel.

 

En attendant une éventuelle confirmation aux Oscars 2027, le film a été un franc succès, porté par un public massivement féminin. Ainsi, en date du 22 mars 2026, Hurlevent a engrangé 83 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis et au Canada, 151 millions de dollars dans les autres pays, pour un total de 234 millions de dollars. Pas mal pour un budget de 80 millions de dollars par Warner Bros.

 

Lire aussi : Les 10 films les plus attendus de 2026

 

Photo à la Une : DR

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