En 1916, une infirmière de l’hôpital des Invalides, bouleversée à la vue des mutilés de la Grande Guerre de retour du front, se propose d’apaiser leurs douleurs et de tromper leur ennui en les invitant à confectionner des bleuets en papier. A l’instar du coquelicot pour les britanniques et les pays membres du Commonwealth, cette fleur, capable de pousser jusque dans la boue des tranchée,s incarne depuis cent ans la mémoire et la solidarité aux militaires blessés, à leurs veuves mais aussi aux victimes du terrorisme.
Effroyable conflit au point d’avoir été surnommé par ses contemporains comme – du moins l’espèraient-ils – “la der des ders”, la première guerre mondiale n’a pas seulement engendré plus de 9 millions de morts et disparus (4 millions en France), elle a également charrié son lot de blessés et de mutilés (3,5 millions d’individus) dont les tristement célèbres “gueules cassées”. En 1916, soit “l’année terrible” de la bataille de Verdun ( du 21 février au 18 décembre), une initiative est créée à l’hôpital des Invalides : la confection de bleuets en papier.
Le 11 novembre 1918, à l’aube, l’état major français signe l’armistice en présence d’une délégation allemande dans une voiture de chemin de fer de la Compagnie des wagons-lits, en forêt de Compiègne, à quelques encablures du village de Rethondes, dans la région des Hauts de France.
Ainsi, à chaque anniversaire de l’armistice de 1918, il est coutume d’arborer en boutonnière des insignes reprenant la forme des bleuets (en papier ou métalliques). Ces derniers sont commercialisés par l’Etat afin de soutenir financièrement les blessés de guerre d’hier et d’ajourd’hui et plus globalement d’“aider ceux qui restent”, sa mission première.
Cœur tendre et fleur coriace
Si le bleuet a été choisi par les français comme symbole pour commémorer d’abord les anciens combattants et les blessés de guerre, ce n’est pas dans le langage des fleurs, qu’il faut y trouver une raison. D’après celui-ci, cette plante sauvage évoquerait la délicatesse et la timidité et serait « le messager de tous les sentiments purs, naïfs ou délicats ».

Sa couleur d’un bleu vif rappelle les uniformes bleu horizon de l’infanterie française de 1915 à 1921. Une teinte indissociable des poilus, située entre le « gris de fer bleuté » et le « bleu de ciel » adoptée par l’état-major en 1912 considérant qu’il était plus difficile à cibler qu’une tenue bleue et rouge. Cette similarité vaut d’ailleurs aux soldats d’être eux-mêmes surnommés “les bleuets”.

Ensuite, le bleuet a la particularité de pousser dans les prairies et les champs, soit là où ont eu lieu les affrontements les plus terribles lors de la première guerre mondiale. Ces plantes sauvages sont d’ailleurs bien souvent les ultimes vestiges de vie dans des paysages dévastés.
C’est ainsi qu’en 1916, deux femmes ébranlées par l’horreur de la guerre et de ses grands blessés, décident de créer un atelier de confection de bouquets de bleuets en papier au sein de l’hôpital des Invalides. Il s’agit de l’infirmière major Suzanne Lenhardt et Charlotte Malleterre, fille du général Gustave Léon Niox, commandant de l’Hôtel national des Invalides et épouse du général Gabriel Malleterre. Les créations florales reprennent le caractère dentelé des pétales du bleuet et servent, dans un premier temps, à commémorer les soldats tombés pour la France entre 1914 et 1918.
Un symbole qui perdure encore aujourd’hui
Au lendemain de la première guerre mondiale, est créée l’association le Bleuet de France. Le bleuet ne sert plus seulement à se rappeler des morts mais aussi à aider matériellement et humainement les vivants.

Ainsi, l’institution sert à procurer des ressources financières aux anciens soldats mutilés et blessés. Il faut attendre 1934 pour que la vente de bleuets soit systématisée par l’Etat chaque 11 novembre. Depuis 1957, une nouvelle collecte de dons est autorisée, le 8 mai, au profit des combattants de la Seconde Guerre mondiale.
Depuis 1991, l’association est rattachée à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), établissement public sous tutelle du ministère des Armées.
Ces dernières années, l’Œuvre nationale du Bleuet de France a donné une nouvelle visibilité au bleuet au point que son caractère symbolique est de plus en plus identifié par les français.

Alors que le dernier poilu de la Grande Guerre a rendu son dernier soupir en 2008, le Bleuet de France a étendu sa mission aux familles endeuillées, aux pupilles de la nation et aux victimes d’actes de terrorisme.
Une partie des fonds collectés sert à financer des actions de mémoire, en particulier en direction des élèves. Toute l’année, le Bleuet de France s’associe à des événements au plus proche des français afin de sensibiliser à sa cause. L’association était notamment présente sur le Marathon de Paris en avril dernier.
Depuis le 14 juillet 2023, à la demande du président de la République Emmanuel Macron, l’ensemble de la population (militaire et civile) est invitée à arborer le bleuet en boutonnière lors des commémorations des grands conflits mondiaux (1er au 11 novembre et du 1er au 8 mai), mais aussi chaque 11 mars (Journée nationale en mémoire des victimes du terrorisme) et chaque 14 juillet, jour de la fête nationale.

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