Au cœur de l’Amazonie, la COP30 ouvre du 10 au 21 novembre un nouveau chapitre dans la diplomatie climatique mondiale. Plus qu’un sommet, c’est une déclaration : la forêt tropicale n’est plus seulement un symbole, mais un acteur central du « pacte climatique » global.
Pour la première fois, la Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques se déroule en plein cœur de l’Amazonie à Belém au Brésil, jusqu’au 21 novembre 2025. Ce choix, loin d’être anecdotique, porte un message fort : la forêt tropicale amazonienne, poumon écologique de la planète, est plus que jamais au centre des débats sur le climat.
En annonçant Belém comme ville hôte, le Brésil souhaite amplifier les enjeux liés à la déforestation, à la bioéconomie et à la justice climatique, tout en réaffirmant la place cruciale des peuples autochtones dans les négociations.
Organiser un tel événement en Amazonie n’a pas été chose facile. L’accueil de dizaines de milliers de participants a nécessité d’importants travaux d’infrastructures : rénovation de l’aéroport, construction de nouveaux hébergements ou encore aménagements urbains. Une mission technique de l’UNFCCC (la Convention-cadre) avait même visité Belém en mai 2025 pour définir la structure de la « Blue Zone », espace officiel des négociations, et préparer le recrutement de plus de 1 300 volontaires.
Sur le plan social, le gouvernement brésilien a assuré vouloir faire de cette COP un moment de participation populaire. Il a ainsi alloué 600 millions de reais, soit environ 98 millions d’euros, à des programmes de restauration des zones dégradées et à la régularisation des terres dans l’Amazonie.
Une COP30 sous le signe de l’ambition
Les objectifs de cette COP30 sont clairs : redonner de l’élan à l’Accord de Paris en incitant les États à présenter de nouvelles « contributions déterminées au niveau national » plus ambitieuses, alignées sur une trajectoire de +1,5 °C. L’enjeu majeur est de combler l’écart entre les promesses et les actions, tant sur les émissions que sur le financement : la COP30 doit marquer le démarrage d’une « décennie d’accélération et de livraison », selon le Secrétaire général de l’ONU.
La question du financement est d’autant plus cruciale que la forêt amazonienne peut être valorisée comme un bien commun mondial. Parmi les propositions évoquées figure le Tropical Forest Forever Facility, un fonds d’investissement massif pour récompenser les pays qui préservent leurs forêts tropicales.
Belém n’est néanmoins pas seulement le théâtre des négociations officielles : un « People’s Summit » parallèle rassemble des communautés autochtones de toute l’Amazonie. Dans ce cadre, des danses, des chants et des discours soulignent l’importance de la sagesse ancestrale et des savoirs locaux dans la lutte climatique. Ces peuples rappellent qu’ils sont non seulement les plus affectés par les ravages environnementaux, mais qu’ils sont aussi des gardiens historiques de la forêt.
Pour beaucoup, cette COP doit incarner un modèle de gouvernance « mutirão », un terme brésilien issu des traditions collectives, mettant l’accent sur l’entraide et la solidarité. Le président de la COP, André Corrêa do Lago, négociateur climatique brésilien expérimenté, est ainsi en charge de symboliser cette volonté de dialogue.
Un sommet sous tension
Si l’ambition est grande, les critiques ne manquent pas. Des manifestants, notamment autochtones, ont tenté d’entrer dans le périmètre officiel de la conférence, dénonçant un greenwashing de la part des autorités. Plusieurs affrontements avec la sécurité ont eu lieu : des pancartes proclamaient « Nos forêts ne sont pas à vendre ».
D’autres dénoncent l’ironie de voir des arbres abattus pour aménager des infrastructures liées à la COP : des tronçons de forêt auraient été arrachés pour construire une route, tandis que des arbres en fibre de verre sont installés comme décor. Certains parlent même de logements flottants sur des bateaux diesel pour héberger des délégués, ce qui interroge sur les contradictions entre le discours climat et la réalité logistique.
La COP30 se doit cependant malgré tout de marquer un tournant symbolique : en plaçant l’Amazonie au centre des négociations, le Brésil met en lumière les liens intimes entre forêt tropicale, justice environnementale et développement durable. Les espoirs sont immenses, car ce sommet pourrait devenir un moteur pour une action réelle.
Mais le pari est risqué : entre flambée des prix des logements, critiques sur la participation, controverses autour des infrastructures, Belém pourrait aussi être perçue comme un laboratoire de contradictions.
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