Pendant environ quatre siècles, Le Christ en croix attribué à Pierre Paul Rubens avait disparu des radars. Redécouverte en septembre 2024, cette œuvre majeure a été adjugée fin 2025 à 2,94 millions d’euros aux enchères, bien au-delà des estimations.
Pierre Paul Rubens (1577‑1640) est l’un des plus grands peintres flamands du Baroque, un mouvement artistique apparu au XVIIème siècle caractérisé par le dynamisme, la théâtralité, le contraste des lumières et l’intensité émotionnelle. Formé en Italie, Rubens a assimilé les leçons de maîtres tels que Michel-Ange et Titien, développant un style reconnaissable par ses figures monumentales, ses compositions complexes et ses couleurs vibrantes. Ses œuvres relèvent à la fois de la peinture religieuse, mythologique et historique : parmi les plus célèbres, on compte Le Débarquement de Marie de Médicis à Marseille, La Descente de croix et L’Enlèvement des filles de Leucippe. Chaque tableau illustre sa capacité à capturer le mouvement et la puissance dramatique des corps et des émotions, mais aussi à explorer la crucifixion.
En cette journée internationale des musées, retour sur la redécouverte majeure d’une œuvre d’un peintre flamand de premier plan, exposé dans les plus grands musées du monde, du Musée du Louvre au Prado de Madrid en passant par le musée royal des beaux-arts d’Anvers et l’Alte Pinakothek de Munich.
Une redécouverte inespérée
Le Christ en croix a été peint par Rubens vers 1613, alors au sommet de son talent. Il souligne son travail autour du drame religieux et de l’intensité des émotions humaines. On y voit Jésus-Christ crucifié, seul sur sa croix. L’accent est mis sur sa solitude et sa souffrance, le sang et l’eau s’écoulant de sa plaie latérale. Ce tableau d’environ 105,5 cm par 72,5 cm avait été perdu pendant 400 ans. L’existence de l’œuvre était connue principalement via une gravure ancienne faite par un contemporain de Rubens. Mais impossible de mettre la main dessus jusqu’en septembre 2024.
La sphère artistique est alors bouleversée par sa redécouverte. Le tableau a été retrouvé lors d’un inventaire d’un hôtel particulier parisien dans le 6ème arrondissement, dans le cadre de la vente du bien immobilier. Repéré par le commissaire‑priseur Jean‑Pierre Osenat, il a été soumis à de nombreuses analyses scientifiques, entre radiographies, techniques picturales et pigments – l’usage de bleu et de vert pour les carnations étant typique du travail de l’artiste. Pour le plus grand bonheur des aficionados d’art, ces expertises, validées par le comité d’experts de l’institution Rubenianum (Anvers), sont venues confirmer qu’il s’agissait bien d’un original de Rubens.

Adjugé à 2,94 millions d’euros
Le tableau aurait appartenu au XIXème siècle au peintre français classique William‑Adolphe Bouguereau, qui l’aurait transmis à sa famille jusqu’à ce qu’il réapparaisse lors de l’inventaire. Un événement rarissime qui renforce la valeur de cette œuvre d’exception et vient enrichir le catalogue du peintre.
A l’automne 2025, Le Christ en croix a été proposé dans une vente aux enchères orchestrée par l’antenne versaillaise de la Maison Osenat. Avant la vente officielle, le tableau a été exposé au public, permettant aux amateurs d’art d’admirer l’œuvre, et aux collectionneurs et aux institutions de se projeter et d’évaluer son importance. Tout en boostant sa portée médiatique.
Le 30 novembre dernier, ce bien prestigieux a donc été mis aux enchères. Le prix de départ était estimé entre 1 et 2 millions d’euros, mais a rapidement dépassé ces attentes : le marteau est tombé à 2,94 millions d’euros frais compris. Acquis par un acheteur anonyme, le tableau reste une œuvre majeure de la carrière de Rubens et son long séjour dans l’oubli ne fait que nourrir, pour toujours, le mythe qui l’entoure.
Un prix élevé… mais loin du record de 2016
L’enchère élevée du tableau Le Christ en Croix ne doit pas occulter le vrai record du peintre flamand : 45 millions de livres (58 millions de dollars) pour Lot et ses filles chez Christie’s en 2016. Il est d’ailleurs à mettre en perspective avec d’autres de ses œuvres adjugées en salles des ventes comme Salomé parti à 26,9 millions de dollars chez Sotheby’s ou encore certaines œuvres plus petites voire élaborée par son atelier 4 à 5 millions de dollars
A titre de comparaison des peintres comme Picasso, Klimt et Basquiat connaissent le plus souvent des ventes entre 100 et 200 millions de dollars. Mais le record absolu et particulièrement rare n’est autre que Léonard de Vinci : jusqu’à 450 millions de dollars pour le Salvatore Mundi supposément peint par l’artiste et acquis en 2017 par Mohammed bin Salman, prince héritier d’Arabie saoudite en 2017.
Si l’offre de Rubens est plus limitée, elle est aussi moins spéculative que l’art contemporain. Ses œuvres anciennes figurent pour la plupart dans des collections publiques ou aristocratiques. Valeur essentiellement historique et muséale, Rubens compte moins d’acheteurs « investisseurs » mais davantage de musées, fondations voire quelques grands collectionneurs.
Lire aussi : Les meilleures expositions pour célébrer les 100 ans de l’Art déco
Photo à la Une : DR