Les réseaux sociaux ont transformé la manière dont les Français et les voyageurs étrangers choisissent leurs destinations. Entre destinations populaires et sites naturels fragiles, l’Hexagone voit certains lieux saturés par des flux touristiques parfois ingérables.
Il était une époque où des destinations cherchaient à attirer les touristes pour dynamiser l’économie locale. Puis une autre où les villes ont commencé à s’enthousiasmer de l’affluence de voyageurs venus après avoir vu la vidéo Instagram d’un influenceur. Et enfin, celle actuelle où des sites cherchent à l’inverse à se débarrasser de la masse de visiteurs accrochés à leur téléphone pour se rendre pile à l’endroit du contenu posté par un créateur.
Si des aspects positifs pour les régions sont indéniables, l’impact des réseaux sociaux sur le voyage en France n’est pas toujours heureux. Avec 102 millions de visiteurs étrangers, l’Hexagone a battu un nouveau record, faisant du pays l’un des plus populaires sur les plateformes médiatiques.
33% des français sont influencés par les réseaux sociaux lorsqu’il s’agit de choisir une destination pour leurs voyages
A chaque saison touristique, son lot de désagréments. Et à juste titre. Si certains sites étaient déjà ultra populaires lors des vacances, d’autres font face à un surtourisme difficile à contrôler, lié aux photos et vidéos postées sur les réseaux.

Avec des algorithmes favorisant la “viralisation” de contenus visuels spectaculaires, quelques destinations françaises subissent cette affluence massive de voyageurs, venus s’immerger dans une adresse populaire sur les plateformes et repartager, à leur tour, leur expérience sur internet.
Les contenus partagés servent souvent de guides informels : idées d’itinéraires, spots “instagrammables”, conseils de restaurants, lieux incontournables… Les réseaux sociaux ne servent plus seulement à partager ses propres photos de vacances, mais sont devenus un média clé pour découvrir et planifier des voyages.

Selon un rapport Opodo, une agence de voyage digitale, 33% des français sont influencés par les réseaux sociaux lorsqu’il s’agit de choisir une destination pour leurs voyages. Marquant encore plus cette dynamique et l’écart générationnel dans le rapport au voyage, 58% des 25-34 ans réservent des vols vers des destinations qu’ils ont vues sur les réseaux sociaux. À l’inverse, seulement 13% des 55-64 ans déclarent être influencés par les réseaux sociaux. Le phénomène touche davantage les femmes qui sont, pour 34% d’entre elles, plus motivées à choisir une destination de voyage à partir des réseaux sociaux que les hommes (29%).
Et le phénomène ne se limite pas à l’Hexagone. 49% des Espagnols et des Portugais, ainsi que 47% des Italiens, se disent influencés par les plateformes pour choisir une destination.
Un surtourisme ingérable pour les municipalités et les locaux
Le problème ? Une destination peut exploser en quelques semaines, ne laissant pas le temps pour les entités locales de s’organiser, et des vagues touristiques rendent alors difficile la cohabitation entre locaux, vacanciers parfois irrespectueux et environnement fragile. En résultent des sites protégés dégradés, des files d’attente désagréables dans les rues pour manger dans CE restaurant à la mode, des parkings bondés et des soucis sécuritaires liés à un déséquilibre entre capacité d’accueil et nombre de visiteurs.
Victimes de leur succès, plusieurs destinations ont décidé de ne plus subir cette cacophonie touristique. Et ce, pour le bien de tous. Des mesures ont été mises en place pour stopper l’affluence ingérable. Au Parc national de Calanques entre Marseille, Cassis et La Ciotat, un site très prisé pour ses criques, ses eaux turquoise et ses garrigues, la fréquentation très élevée en été a provoqué une érosion du sol, la détérioration de la flore locale et l’augmentation du risque d’incendie et de la pollution. Aujourd’hui, il est obligatoire de réserver sa place pour certaines calanques pendant la haute saison, afin de limiter le nombre de visiteurs quotidiens. Des patrouilles circulent aussi pour contrôler les touristes et avertir sur les comportements à risque, voire les sanctionner.

Même son de cloche sur l’île de Porquerolles dans le Var. Petit coin de paradis typique du sud, ce petit rocher niché sur le littoral méditerranéen a limité son nombre de visiteurs journaliers à environ 6 000 personnes pendant les périodes d’affluence. Malgré une orientation “tourisme sportif”, la situation est similaire au Mont-Blanc qui a imposé un quota de 214 alpinistes par jour autorisés à grimper au sommet.
Dans les cas où la mairie et l’office de tourisme n’ont pas engagé de restrictions, le débat fait rage entre les locaux et les décideurs pour imposer des règles. A Paris, les habitants de la rue Crémieux dans le XIIème arrondissement, connue pour ses bâtiments colorés faisaient le bonheur des instagrammeurs et des tiktokeurs, se mobilisent pour faire fermer ou limiter l’accès du quartier. L’Île de Bréhat, dans les Côtes-d’Armor, les Falaises d’Etretat, le Mont-Saint-Michel en Normandie, Cannes (inondé par les bâteaux de croisière), les îles Chausey ou encore les îles Lavezzi en Corse font face au même problème.
Réservation obligatoire, billet payant, quota, fermeture, panneau de sensibilisation, amende, démarketing… Si de nombreuses restrictions et sanctions peuvent être mises en place, l’influence des réseaux sociaux ne devrait pas s’arrêter de sitôt. Reste à espérer des comportements respectueux et du bon sens de la part des voyageurs, ou des campagnes de communication pour valoriser d’autres destinations peu connues mais tout aussi instagrammables.
Lire aussi : Quelles sont les meilleures destinations pour voyager en 2026 ?
Photo à la Une : © Unsplash