PRINT EXTRACT – INTERVIEW – Marie-Caroline Benoiston (DGC – Franck Muller Luxury Fund)

NOTE DE LA RÉDACTION : cet article a été publié pour la première fois dans le N°12 – Automne 2025 de Luxus Magazine.

Franck Muller Luxury Fund est un fonds d’investissement en actions internationales sur le secteur du luxe. L’équipe de gestion combine une expertise approfondie en gestion de portefeuille et une connaissance fine du luxe. Chez NS Partners, Marie-Caroline Benoiston pilote l’allocation du portefeuille et supervise l’intégration complète des critères ESG dans le processus d’investissement. Chez Genthod Global Advisory, Raffi Balyozyan met à profit son expérience en analyse fondamentale pour identifier les valeurs les plus prometteuses dans le luxe. Rencontre.

 

LUXUS MAGAZINE : Franck Muller Luxury Fund célèbre cette année ses 10 ans, comment expliquez-vous sa longévité ?

 

Marie-Caroline Benoiston & Raffi Balyozyan : Cela s’explique tout d’abord par un partenariat unique entre deux maisons genevoises avec une synergie d’expertises, à savoir celles de Franck Muller, acteur du luxe verticalement intégré et de NS Partners, un gestionnaire d’actifs reconnu. Notre fonds se distingue de ses pairs grâce à sa stratégie d’investissement singulière de convictions (propre définition, gestion stricte et vision). Il est géré avec rigueur et une perspective long terme. D’une part, notre proximité avec le secteur du luxe nous permet d’anticiper les changements de sentiment et les tendances, d’adapter le portefeuille. Au fil du temps, nous l’avons axé sur le e-commerce, les attentes générationnelles (Millenials, Gen Z), l’expérience, le wellness, la seconde main, le quiet luxury, l’augmentation de la consommation des pays émergents… Et d’autre part, notre proximité avec le marché financier nous permet de réagir en fonction des cycles économiques (augmentation de la partie défensive du portefeuille) et des mutations sectorielles.

 

LUXUS MAGAZINE : L’année dernière, le Quiet Luxury a fait montre d’une formidable résilience qui se confirme aujourd’hui encore avec les succès non démentis de Hermès et Brunello Cucinelli. Qu’est-ce qui a convaincu assez tôt votre fonds de luxe d’investir dans cette dernière pépite ?

 

Marie-Caroline Benoiston & Raffi Balyozyan : Dans un contexte où les inégalités sociales se creusent, par souci de sécurité, une partie des consommateurs fortunés choisit désormais la discrétion. Le luxe silencieux, fondé sur la qualité, la rareté et la sobriété, remplace les signes extérieurs de richesse trop voyants. Les logos omniprésents, l’affichage ostentatoire sont perçus comme arrogants, la discrétion devient un signe supplémentaire de richesse en pleine ascension. Les marques l’ont compris, certains modèles sont devenus iconiques et se passent désormais de logo. Cette subtilité permet aux consommateurs de s’affirmer auprès d’un cercle averti, tout en restant discrets aux yeux du grand public. Nous avons été convaincus après cette analyse qualitative de tendance et cette observation de l’évolution de la société. Nous sélectionnons des entreprises, entre autres pour leur histoire, valorisation et croissance attendue. Enfin, au travers de notre gestion, nous cherchons en permanence la diversification. Initier une position dans Brunello Cucinelli était une évidence au sein du sous-secteur Soft Luxury.

 

LUXUS MAGAZINE : En 10 ans, quelles évolutions majeures avez-vous constaté dans l’investissement de luxe ? Comment se traduit la transition de la possession d’objets à des expériences dans le milieu financier ?

 

Marie-Caroline Benoiston & Raffi Balyozyan : Ces dernières années, les géants KHOL (Kering, Hermès, l’Oréal, LVMH) du luxe français ont représenté jusqu’à 40 % du CAC 40, contre seulement environ 12 % il y a 10 ans. On relève également une grande activité de fusions-acquisitions, les entreprises ayant profité de leur pricing power ces dernières années. On assiste aussi à un transfert des produits du luxe vers les services du luxe (hôtels, spas, croisières), mais aussi, dans la mode, du code vestimentaire de l’élégance vers le confort, le bien être dans “ses baskets” et cela, autant au sein des marques de luxe (Balanciaga) que des marques de sport (On, Salomon) aussi bien pour l’outwear que le sport/yoga (Lululemon). On assiste encore à une évolution générationnelle qui amène de nouvelles attentes. Autre phénomène observé dans les produits de beauté, l’essor de ceux s’appuyant sur une base scientifique, axés sur le soin de la peau et des cheveux pour valoriser l’image et l’apparence. Enfin, sur le plan géographique, le centre de gravité du luxe s’est déplacé vers l’Est, de l’Europe vers l’Asie, avec une augmentation du nombre de points de vente dans ce dernier continent.

 

LUXUS MAGAZINE : Franck Muller Luxury Fund a réalisé des investissements qui vont bien au-delà du luxe, en particulier avec le Jungfraubahn (chemin de fer suisse d’altitude). Avez-vous décelé avant tout le monde le phénomène du slow travel ? Comment faites-vous pour sélectionner vos actifs ? Quelle importance accordez-vous aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) ?

 

Marie-Caroline Benoiston & Raffi Balyozyan : Pour nous, la Jungfraubahn, c’est du Luxe. Nous cherchons des pépites et à investir au-delà du luxe absolu. Les actifs sont non délocalisables. C’est un très bon investissement, les fondamentaux sont attrayants, le titre rentre pleinement dans la tendance de l’expérientiel. Nous avons ainsi été les premiers à considérer le slow travel comme une force d’expérience de luxe. Nous avons une gestion de conviction basée sur une analyse quantitative et qualitative. Nous mixons une analyse “top down” et “bottom up” (ascendante et descendante, ndlr). Nous sommes très attentifs à l’évolution de la prime du luxe. Nous la monitorons afin de renforcer notre exposition lorsqu’elle est basse historiquement et prendre des profits au contraire lorsqu’elle monte. Nous apportons un intérêt étroit à l’ESG (responsabilité sociale, ndlr) intégré à notre processus d’investissement depuis 2021. Notre fonds est SFDR Article 8, il promeut des critères à la fois environnementaux et sociaux.

LUXUS MAGAZINE : Quel conseil donneriez-vous à des personnes désireuses d’investir dans le luxe ? Est-ce toujours le bon moment d’acheter des actions au vu du ralentissement du luxe ?

 

Marie-Caroline Benoiston & Raffi Balyozyan : La valorisation du secteur du luxe est désormais proche de ses plus bas niveaux en 15 ans. Le luxe devrait être un investissement à long terme. Il faut repondérer sur correction et ne pas hésiter à prendre des profits dans des belles périodes. On assiste non seulement à une forte croissance du nombre de millionnaires et de milliardaires mais aussi à la montée en puissance des classes moyennes ambitieuses dans les pays émergents. L’Inde, où la population disposant d’un revenu annuel supérieur à 10’000 dollars, devrait ainsi croître de 15% par an d’ici 2030 selon UBS. 

 

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Photo à la Une : DGC – Franck Muller Luxury Fund

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