Roland Garros, l’homme qui tutoyait le ciel

Avant d’être associé à l’un des plus grands tournois de tennis du monde, le nom de Roland Garros renvoie à une figure de l’histoire française : un pionnier de l’aviation, un grand inventeur et un aviateur engagé pendant la Première Guerre mondiale.

 

Né sur l’île de La Réunion en 1888, Roland Garros grandit partagé entre plusieurs terres : en Indochine française, où sa famille s’installe un temps, avant qu’il ne regagne la métropole française pour poursuivre ses études.

 

L’appel de l’air, une vocation foudroyante

 

Diplômé d’HEC Paris, il créé sa conception automobile à 21 ans, mais c’est ailleurs que son destin l’attend. En août 1909, il assiste à la Grande Semaine de l’Aviation de la Champagne et tombe littéralement amoureux de ces folles machines. Il n’a désormais plus qu’une idée en tête : voler. Comme Garros ne fait jamais rien à moitié, il s’achète immédiatement un appareil, apprend à le piloter tout seul, puis passe ensuite son brevet de pilotage dans la foulée.

 

Très vite, il s’impose dans les compétitions aériennes : il enchaîne les meetings, les exhibitions et les records, notamment en altitude. Son nom circule alors dans toute l’Europe.

 

Le 23 septembre 1913 marque un tournant décisif dans sa nouvelle carrière. Ce jour-là, Garros entreprend de relier le sud de la France à l’Afrique du Nord sans escale, enfranchissant pour la première fois la mer Méditerranée en avion. Il décolle de Saint-Raphaël à l’aube avec une autonomie en carburant à peine suffisante.

 

Le vol dure près de sept heures et cinquante-trois minutes, avec un moteur qui menace de lâcher. Pourtant, il atteint Bizerte en Tunisie, avec seulement quelques litres d’essence résiduels. L’exploit est immédiatement salué comme une prouesse historique : celui-ci qui se fait surnommer le « cloud kisser » soit l’embrasseur de nuages devient une icône, célébrée par les milieux artistiques et mondains, admirée pour son audace autant que pour son style.

 

© Musée de l’air et de l’espace – Le Bourget

 

Il se fait aussi connaître en Amérique du Sud, à Rio de Janeiro où sa démonstration aérienne remarquée suscite l’intérêt du major Paiva Meira, responsable de la commission militaire brésilienne. De cette rencontre, naît l’organisation d’une semaine entièrement consacrée à l’aviation militaire. Garros initie de nombreux jeunes officiers aux premiers vols, contribuant à faire émerger une nouvelle génération appelée à constituer le socle de la future aviation militaire du pays.

 

Parmi ces pionniers, ont figuré Ricardo Kirk, aujourd’hui reconnu au Brésil comme premier aviateur de l’Armée de terre de son pays. A travers cette impulsion décisive, Roland Garros s’impose comme une figure fondatrice dans l’émergence de l’aviation militaire brésilienne, et laisse la trace d’un nom respecté à travers tout le continent sud-américain.

 

Au service du combat

 

Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, Garros met son talent au service de la nation. L’aviation militaire n’en est encore qu’à ses débuts, et les avions servent principalement à l’observation. Mais Garros pressent leur potentiel offensif.

 

En collaboration avec le mécanicien Raymond Saulnier, il développe un dispositif permettant de tirer avec une mitrailleuse à travers l’hélice sans la détruire, grâce à des déflecteurs métalliques fixés sur les pales. Cette innovation transforme alors l’avion en véritable chasseur.

 

Roland Garros s’engage au front et remporte plusieurs victoires aériennes, devenant l’un des premiers pilotes de chasse de l’histoire. Mais en avril 1915, son appareil est touché : il est contraint d’atterrir derrière les lignes ennemies et se fait capturer par les forces allemandes.

 

Durant près de trois ans, Roland Garros est détenu en captivité. Il parvient finalement à s’échapper en 1918 avec un compagnon et décide quasi immédiatement de reprendre le combat, malgré un état de santé fortement dégradé par sa détention.

 

Le 5 octobre 1918, à la veille de son trentième anniversaire, Roland Garros est abattu lors d’un combat aérien à Saint-Morel dans les Ardennes, à un mois seulement de la fin de la guerre.

 

Une mémoire ancrée sur les courts

 

En 1928, un stade parisien destiné à accueillir les Internationaux de France de tennis est baptisé en son honneur. En tant que grand sportif, c’est à la demande de son ami et camarade d’HEC Emile Lesueur, à cette époque président du Stade Français, que le nouveau Stade Roland-Garros prendra son nom.

 

Progressivement, le nom Roland-Garros se détache de l’homme pour s’attacher au lieu puis à l’événement lui-même. Les Internationaux de France deviennent l’un des quatre tournois du Grand Chelem, et Roland-Garros finit par désigner la compétition plutôt que l’aviateur.

 

© Musée de l’air et de l’espace – Le Bourget

 

Mais aujourd’hui encore, près de 100 ans après son décès, le tournoi continue de rendre hommage à l’aviateur, notamment à travers des espaces dédiés et des rappels historiques au sein du stade.

 

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Photo à la Une : © Roland Garros – FFT

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