De l’orphelinat milanais aux sommets du luxe mondial, la famille Del Vecchio incarne l’une des plus spectaculaires sagas industrielles italiennes. Derrière le succès planétaire de Luxottica, devenu EssilorLuxottica, un patriarche visionnaire : Leonardo Del Vecchio.
Leonardo Del Vecchio n’était pas, au départ, prédestiné à devenir un magnat du luxe. Son père meurt avant sa naissance, sa mère, incapable d’élever seule ses enfants, le confie à un orphelinat. Très jeune, il devient apprenti dans une fabrique d’outillage métallique à Milan avant de conquérir un marché immense : celui de la lunette.
Le roi invisible des lunettes
En 1961, alors qu’il est âgé de seulement 26 ans, il fonde à Agordo, au cœur de la région italienne spécialisée dans l’optique, la société Luxottica. Leonardo Del Vecchio comprend avant tout le monde que les lunettes ne sont plus seulement un objet médical, mais un accessoire de mode et de statut social.
Au fil des décennies, Leonardo Del Vecchio bâtit un empire vertical unique dans l’industrie du luxe : il contrôle la fabrication, la distribution et les marques. Sous son règne, Luxottica acquiert ou exploite des griffes comme Ray-Ban ou Oakley tout en signant des licences avec les plus grandes Maisons de mode internationales. L’entreprise rachète également des chaînes de distribution et s’impose progressivement comme le leader mondial du secteur.

C’est en 2017 que la fusion avec le groupe français Essilor donne naissance au géant que nous connaissons aujourd’hui, EssilorLuxottica. L’opération fait entrer Del Vecchio dans une autre dimension, celle des grandes dynasties capitalistes européennes. A sa mort en 2022, sa fortune personnelle est estimée à plus de 25 milliards de dollars et il figure parmi les hommes les plus riches d’Italie.
La nouvelle guerre des Del Vecchio
Leonardo Del Vecchio s’est marié à trois reprises et a eu six enfants : Claudio, Paola, Marisa, Leonardo Maria, Luca et Clemente. Chacun hérite d’une partie du holding familial Delfin, une structure luxembourgeoise qui contrôle notamment EssilorLuxottica ainsi que des participations stratégiques dans la banque, l’assurance et l’immobilier européens.
Parmi les héritiers, plusieurs figures émergent progressivement : Claudio Del Vecchio, l’aîné, s’est longtemps tenu à distance de l’empire optique. Installé aux États-Unis, il a développé ses propres activités dans la mode masculine, notamment autour de la marque Brooks Brothers.

Leonardo Maria Del Vecchio apparaît quant à lui aujourd’hui comme l’héritier le plus influent : il occupe des fonctions stratégiques chez EssilorLuxottica et préside notamment Ray-Ban. Depuis plusieurs années, il tente de consolider le contrôle familial autour de sa personne, dans un contexte marqué par des tensions successorales.

En effet, depuis la disparition du patriarche, il y a quatre ans, les rivalités internes se multiplient : la holding Delfin est devenue le théâtre d’une bataille d’influence entre héritiers. Les désaccords ont longtemps bloqué certaines décisions stratégiques et même le versement des dividendes.
En avril 2026, Leonardo Maria Del Vecchio franchit une étape décisive en négociant le rachat des parts détenues par son frère Luca et sa sœur Paola. L’opération, évaluée à plusieurs milliards d’euros, pourrait lui permettre de devenir l’actionnaire dominant du clan avec près de 37,5 % du capital de Delfin. Cette recomposition est perçue comme une tentative de restaurer une gouvernance forte autour d’un seul héritier.
Une influence qui dépasse largement les lunettes
La puissance de la famille Del Vecchio ne se limite plus, depuis longtemps, à l’univers de l’optique. A travers Delfin, le clan familial possède des participations majeures dans plusieurs institutions financières italiennes et européennes : Mediobanca, acteur historique de la finance italienne, l’assureur Generali, Covivio ou encore UniCredit et Monte dei Paschi di Siena. Un ensemble d’investissements on ne peut plus influent, pesant aujourd’hui plusieurs dizaines de milliards d’euros !
C’est en particulier son entrée progressive au capital de Mediobanca puis de Generali qui a bouleversé les équilibres historiques de la finance italienne, au point de provoquer plusieurs affrontements spectaculaires avec les dirigeants des grandes banques du pays.
En 2025 encore, la holding familiale participait activement aux tensions autour de Generali, Mediobanca et Monte dei Paschi, dans un contexte de recomposition du paysage bancaire italien soutenu par le gouvernement de Giorgia Meloni.
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Photo à la Une : © Fondation Leonardo Del Vecchio