Zohran Mamdani, le nouveau visage de New York

Lors d’une soirée électorale qui pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire politique des États-Unis, Zohran Mamdani a remporté la mairie de New York le 4 novembre. Il deviendra le 111ème maire de New York dès le 1er janvier 2026.

 

« Je suis musulman. Je suis un socialiste démocrate. Et le plus grave de tout, c’est que je refuse de m’excuser pour tout cela ».  Ces mots résonnaient ce mardi soir à Brooklyn quand Zohran Mamdani est devenu maire de la ville de New York, à l’âge de seulement 34 ans.

 

Mais les propositions radicales du nouvellement élu maire de New York suscitent autant d’enthousiasme que d’inquiétude…

 

Un parcours atypique

 

Né le 18 octobre 1991 en Ouganda, Zohran Mamdani, aux ascendances indiennes, arrive à New York à l’âge de sept ans après un passage en Afrique du Sud. Il grandit dans la métropole américaine, reprend ses études à la Bronx High School of Science puis obtient un diplôme de Bachelor en études africaines à Bowdoin College en 2014.

 

Avant de plonger dans l’arène politique, il travaille comme conseiller pour prévenir les saisies immobilières. Son engagement politique trouve une première tribune   en 2020 : il est élu à l’Assemblée de l’État de New York pour le district 36, puis il est réélu sans opposition en 2022 et 2024.

 

Mamdani voit alors plus loin et vise la mairie de la mégapole newyorkaise, pour laquelle il annonce sa candidature en octobre 2024. Un an plus tard, il l’emporte ainsi contre Andrew Cuomo (qui avait bifurqué en indépendant) et le républicain Curtis Sliwa. Cette victoire s’est construite dans un contexte de plus de 2 millions de bulletins, soit le plus haut taux de participation depuis 1969 dans une telle course.

 

Il marque ainsi l’histoire en devenant le premier musulman à diriger New York, le plus jeune maire élu en plus d’un siècle et le premier d’origine sud-asiatique dans ce fauteuil : une série de premières fois qui en disent long sur le basculement que cette élection provoque.

 

Un programme social et urbain

 

La vision politique de Zohran Mamdani s’articule autour d’une refondation complète du modèle urbain new-yorkais où la ville redeviendrait, selon ses mots, « un lieu de vie avant d’être un lieu de profit ».

 

Au cœur de son programme, la question du logement s’impose comme une priorité : il promet un gel immédiat des loyers dans les appartements soumis à la régulation, ainsi qu’un plan ambitieux de construction de plusieurs centaines de milliers de logements véritablement abordables. Pour lui, c’est la condition pour stopper l’exode des classes moyennes et restaurer un équilibre social.

 

Sur le plan des transports et des services publics, Mamdani défend l’idée de rendre la mobilité accessible à tous. Il prévoit la gratuité des bus dans l’ensemble de la ville et l’expansion du réseau, afin de réduire la dépendance à la voiture et de désenclaver les quartiers périphériques. Dans la même logique, il souhaite créer des épiceries municipales dans les cinq arrondissements pour offrir des produits de première nécessité à des prix très bas, une proposition aussi risquée économiquement qu’inédite pour New York.

 

Côté finances, Mamdani plaide pour une hausse de la fiscalité sur les grandes entreprises et les revenus supérieurs à un million de dollars par an afin de financer ses projets sociaux. Son discours tranche avec celui de ses prédécesseurs : il assume sa politique ancrée à gauche dans une ville longtemps gouvernée par des profils plus centristes. Sur l’éducation, il s’oppose à la multiplication des charter schools, des écoles semi-privées financées par des fonds publics, qu’il juge inéquitables, préférant renforcer l’école publique traditionnelle.

 

Enfin, sa politique environnementale s’ancre dans une logique de lutte contre le changement climatique, verdissement des infrastructures et amélioration de la qualité de vie urbaine, conçus non comme des luxes écologiques mais comme des droits fondamentaux.

 

L’élection de Mamdani tient ainsi à la fois d’un signal et d’un pari. Pour New York, c’est une nouvelle génération qui souhaite prendre les manettes : jeune, cosmopolite, progressiste et prête à rompre avec certaines traditions.

 

La ligne que porte le nouveau maire interroge cependant sur les futurs équilibres de la ville : le monde entrepreneurial, les entreprises immobilières ou encore les institutions de l’État de New York. Mettre en œuvre de telles ambitions exigera alliances et compromis, face à cette radicalité déjà annoncée par Mamdani.

 

© Getty Images

Le conflit israélo-palestinien importé à New York

 

Au-delà de son programme, Zohran Mamdani est sorti du lot via ses positions sur le conflit israélo-palestinien qui ont cristallisé une part des tensions autour de sa candidature, en particulier dans la communauté juive new-yorkaise. L’élu progressiste s’est toujours montré critique à l’égard de la politique israélienne, qu’il a qualifiée à plusieurs reprises de « génocidaire », soutenant le mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) comme forme de pression non violente.

 

Il a également affirmé que New York devait aligner sa politique étrangère municipale sur le droit international, allant jusqu’à dire qu’il soutiendrait un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahou si celui-ci se rendait dans la ville.

 

Ces prises de position ont suscité de vives réactions. Plusieurs responsables démocrates lui ont notamment demandé de clarifier son soutien au slogan militant « Globalize the Intifada », perçu par certains comme un appel à la violence. Zohran Mamdani a ensuite nuancé ses propos, disant comprendre la charge émotionnelle du slogan mais affirmant qu’il ne l’utiliserait pas lui-même.

 

Au sein de l’électorat juif, ces déclarations ont provoqué un débat profond : pour certains, elles traduisent une hostilité envers Israël ; pour d’autres, elles s’inscrivent dans la logique d’une gauche américaine plus ouverte à la critique d’État et à la défense des droits des Palestiniens. Dans une ville où la communauté juive représente près de 12 % de la population, ce positionnement reste à la fois un risque politique et un marqueur de sa cohérence idéologique.

 

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Photo à la Une : © Getty Images

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