Duralex, la verrerie 100% made in France toujours aussi résistante

Reprise par une partie de ses salariés en 2024, la verrerie culte de notre enfance, fondée en 1945, avait besoin de renouveler ses machines vieillissantes tout comme de lancer de nouveaux modèles, éléments sine qua none d’un retour à l’équilibre financier. Sa campagne de financement participatif à succès à destination du grand public devrait l’y aider. 

 

Qui n’a pas déjà lu son âge dans un verre Duralex ? 

 

Acteur phare des arts de la table en France et fièrement populaire au sens noble du terme, la manufacture de La Chapelle- Saint-Mesmin, près d’Orléans (Loiret) est à la hauteur de son verre trempé, résistant aux chocs

 

L’entreprise, devenue SCOP (société coopérative et participative) en 2024 l’a une nouvelle fois démontrée en s’associant avec la plateforme de financement participatif Lita. Appelant à soutenir un acteur du made in France, vieux de 80 ans, Duralex est parvenu à mobiliser les cœurs et les porte-monnaies bien au-delà des 5 millions d’euros attendus.  

 

Cet élan de solidarité apporte une lueur d’espoir dans une France qui a vu son industrie sinistrée au mitan des années 1970 pour devenir une société de services.  Sans compter une préférence pour le made in France qui reste trop souvent un vœu pieux de la part de consommateurs étranglés par l’inflation et les dépenses contraintes.    

 

Formidable élan de générosité

 

Dans les premières 24 heures suivant le lancement de la campagne le 3 novembre, Duralex a dépassé son objectif de 5 millions d’euros, à 18 millions d’euros. 

 

En moins de 48 heures, la campagne de financement participatif avec Lita qui devait courir jusqu’au 31 décembre, a tutoyé le seuil symbolique des 20 millions d’euros d’intentions d’investissement. « C’est 4 fois plus que le montant disponible ! » indique l’entreprise. 

 

Dans son communiqué, Duralex a tenu à adresser ses “vingt millions de mercis”. “Vous êtes plus de 21 000 [postulants] à avoir manifesté votre soutien à notre verrerie française et à son avenir industriel et nous vous en sommes extrêmement reconnaissants” indique-t-elle.

 

Devant l’afflux massif de dons et alors que la somme récoltée est bien contrôlée et plafonnée à 5 millions d’euros, l’entreprise a eu l’idée de limiter les dons par personne à 1000 euros. L’idée étant selon le communiqué de “permettre à des milliers de citoyens, amateurs de design, de fabrication française ou d’économie sociale et solidaire, de devenir eux-mêmes acteurs du soutien de l’industrie”.

 

En effet, ce que propose la verrerie à ses soutiens, ce sont des titres financiers hybrides entre action et obligation. Ouvert à partir de 100 euros, ils offrent des rendements avantageux de 8% d’intérêt par an pendant sept ans et en partie défiscalisés

 

Rappelons toutefois que ces gains ne sont pas garantis. L’investissement dans une entité non cotée comporte, en effet, un risque important de perte et de blocage du capital.

 

S’attendant à créer des frustrations, l’entreprise ne s’interdit pas de créer une cagnotte supplémentaire pour permettre à tout un chacun de contribuer à la sauvegarde de son savoir-faire et au rayonnement du made in France.

 

Pas encore tirée d’affaire

 

Affaiblie par la pandémie et la guerre en Ukraine, l’entreprise avait frôlé la fermeture jusqu’à ce qu’une partie de ses employés ne la reprennent en juillet 2024

 

Depuis, l’entreprise devenue coopérative est en croissance mais il lui fallait un coup de pouce pour pouvoir renouveler son parc de machines et enfin produire  de nouvelles collections, chose que la manufacture n’avait pas proposé depuis… 1997

 

Si son directeur général, François Marciano, s’est réjoui du soutien des français, il précise que l’entreprise, qui devrait générer 33 millions d’euros de chiffres d’affaires d’ici la fin de l’année, n’est pas pour autant encore tirée d’affaire. Le plan de relance de la manufacture court en effet sur trois ans. L’idée est d’atteindre les 35 millions d’euros en 2027 pour retrouver l’équilibre financier avant de viser les 39 millions d’euros d’ici 2030. 

 

“Je rappelle à tout le monde que le plan est sur 3 ans. C’est-à-dire qu’en 2027, on arrivera à l’équilibre, on arrivera à s’autofinancer. Jusqu’en 2027, l’entreprise n’est pas sauvée. C’est pour cela que c’est un placement à risque tant qu’on n’a pas gagné. Il ne faut pas vendre à tout le monde que c’est gagné » rappelle le dirigeant au micro de la matinale de TF1 Bonjour. 

Retour en grâce d’une marque patrimoniale

 

Pionnier du verre trempé, un matériau « résistant, fonctionnel et durable qui traverse les générations »,  Duralex bénéficie de la redécouverte de marques patrimoniales par des français désireux d’aider le made in France à une époque où la concurrence mondiale digitalisée fait rage et que le patriotisme commercial gagne du terrain, notamment aux Etats-Unis et en Chine. 

 

Son usine de La Chapelle-Saint-Mesmin sort près de 60 millions de verres par an : pas mal pour une entreprise octogénaire cette annéeDuralex propose 380 références couvrant cinq catégories de produits : verrerie, vaisselle, décoration, conservation et cuisson. 

 

Son modèle de verre phare, le Picardie, ne se décline plus uniquement en verre transparent mais aussi dans de nombreux coloris dont la tenue est garantie à vie, du bleu marine au vermeil en passant par le turquoise et le prune. Résistant au choc, il est également adapté au micro-onde. En 2024, l’entreprise s’est mise à proposer des verres noir non transparents, donnant lieu à la collection Black. 

 

Quant au fameux numéro inscrit dans le fond du verre, il s’agit, en réalité, du numéro du moule. Pour de nombreux enfants, ce chiffre correspondait à un âge fictif conditionnant plus ou moins entre eux certains privilèges à la table de la cantine. 

 

Iconique, son verre a fait le tour du monde et séduit Hollywood, d’Indiana Jones à James Bond (Skyfall). 

 

Duralex compte sur des collaborations ciblées pour entretenir sa désirabilité. La verrerie a déjà travaillé avec l’Elysée, la Poste, le chocolatier Sébastien Papion et actuellement Le Slip Français. En 2027, elle prévoit une nouvelle diversification en signant les pots de moutarde du spécialiste français Martin-Pouret. 

 

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Photo à la Une : © Duralex

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