Avec 378 millions d’utilisateurs et 4,6 millions de créateurs en 2024, OnlyFans s’est imposé comme le leader de la création de contenus pour adultes. Un succès fulgurant, qui s’accompagne toutefois de nombreuses critiques sur ses dérives et son impact.
Avant la création d’OnlyFans, l’industrie du divertissement pour adultes était largement dominée par des studios professionnels et des plateformes financées par la publicité, avec très peu de moyens pour les créateurs indépendants de monétiser directement leur travail.
Outre des contenus gratuits omniprésents, les revenus tombaient presque exclusivement dans les poches des intermédiaires. L’essor de l’influence digitale, popularisée par Facebook et Instagram, a aussi encouragé les individus à s’exposer librement et créer leur propre communauté sur les réseaux.
Un lancement en plein essor des réseaux sociaux et du marketing d’influence
C’est dans ce contexte qu’en 2016, OnlyFans est lancé à Londres par Timothy Stokely et sa famille via la société Fenix International. L’objectif était simple mais novateur : permettre aux créateurs de vendre du contenu exclusif directement à leurs fans via un abonnement, contournant ainsi les modèles classiques.
Bien que la plateforme ait d’abord accueilli différents types de créateurs, les contenus pour adultes ont rapidement dominé, le modèle d’abonnement payant savérant particulièrement adapté à ce marché. Cette idée a révolutionné l’économie du porno en ligne en donnant aux créateurs un contrôle inédit sur leurs revenus et une liberté dans leur offre et leur emploi du temps.
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Le véritable tournant intervient en 2018 lorsque Leonid Radvinsky, entrepreneur ukraino-américain expérimenté dans le divertissement pour adultes, acquiert la majorité des parts d’OnlyFans. Sous sa direction, la plateforme prend une orientation plus claire vers le contenu adulte, tout en consolidant son modèle économique basé sur les abonnements. Leonid Radvinsky restera jusqu’à sa mort en mars 2026, à 43 ans, une figure clé de la transformation d’OnlyFans en un géant mondial, valorisé jusqu’à 8 milliards de dollars.
OnlyFans en quelques chiffres
La pandémie de COVID-19 a joué un rôle déterminant dans l’essor d’OnlyFans. Les confinements, le besoin de lien digital plus direct pour les individus et la nécessité pour de nombreux créateurs de trouver de nouvelles sources de revenus ont entraîné une adoption massive.
En 2019, selon Stats OnlyFans, la plateforme comptait environ 13,5 millions d’utilisateurs et 350 000 créateurs. L’année suivante, ces chiffres explosent : 82,3 millions d’utilisateurs et 1,6 million de créateurs. En 2024, elle atteint près de 378 millions d’utilisateurs et 4,6 millions de créateurs, générant environ 1,44 milliard de dollars de revenus pour la société. Le nombre de créateurs a augmenté de 1 222% entre 2019 et 2025 tandis que les fans ont dépensé 7,22 milliards de dollars sur OnlyFans en 2024.
Le succès repose sur un modèle de partage des revenus transparent : 80% des gains reviennent directement aux créateurs, tandis que la plateforme prélève 20%. Ce système a permis à certains créateurs de transformer leur activité en véritable carrière, avec des revenus annuels pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers, voire millions de dollars. Ce modèle a non seulement attiré des millions d’utilisateurs et de créateurs, mais a également fait d’OnlyFans un acteur majeur de l’économie numérique et un modèle de réussite dans la monétisation directe du contenu.
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Gros gains pour les célébrités, petits revenus pour les profils inconnus
La croissance rapide d’OnlyFans a été accompagnée de nombreuses controverses, mais elle a également permis l’émergence de véritables célébrités du numérique. Certaines personnalités sont devenues mondialement connues grâce à la plateforme, leurs revenus atteignant des sommets impressionnants. Parmi elles, Blac Chyna, ancienne star de la télé-réalité et influenceuse, aurait gagné plusieurs millions de dollars par an et génère aujourd’hui des revenus mensuels estimés à 20 millions de dollars.
De son côté, la mannequin et actrice Bella Thorne aurait engrangé jusqu’à 2 millions de dollars en quelques semaines lors de son arrivée sur la plateforme. La chanteuse Cardi B et l’influenceuse et créatrice de contenu pour adultes Mia Khalifa ont également utilisé OnlyFans pour monétiser directement leur audience, transformant leur notoriété en revenus considérables. Ces créateurs vivent désormais dans un véritable luxe, symbolisant le potentiel maximal de la plateforme pour ceux qui parviennent à attirer une audience massive, parfois même sans poster du contenu porno ou en se limitant à l’érotisme.
Mais ce succès extrême masque une réalité beaucoup plus contrastée. La grande majorité des créateurs sur OnlyFans sont de petits profils, souvent inconnus du grand public, qui peinent à gagner leur vie malgré des abonnements mensuels modestes. Un créateur gagne en moyenne 131 dollars par mois après déduction des frais de plateforme, alors que les 1% des créateurs OnlyFans les plus performants gagnent environ 49 000 dollars par an. Le contraste entre stars millionnaires et petits créateurs en difficulté illustre l’inégalité structurelle de l’économie des membres sur la plateforme.
Liberté sous contrôle
Une autre dimension souvent moins visible est celle des managers, parfois appelés “macs”, qui prennent en charge la gestion de comptes de créateurs. Ces “managers” recrutent et aident à produire du contenu, à fixer les prix, et à attirer des abonnés, en échange d’une commission sur les gains.
Si certains jouent un rôle de mentor ou d’agent, d’autres sont parfois critiqués pour des pratiques abusives, prenant des parts importantes des revenus ou exerçant une pression sur les créatrices pour produire plus de contenu. Ce système a contribué à la professionnalisation de certains comptes, mais il a aussi alimenté des débats sur l’exploitation et la dépendance économique des créateurs.
Parallèlement, OnlyFans reste au centre de nombreuses discussions sur la régulation du contenu explicite, la sécurité des utilisateurs et la protection des mineurs. L’impact d’OnlyFans, économique, culturel et social, est donc double. Il transforme des vies et des carrières, mais il expose aussi les failles et les inégalités d’un système où l’audience et la visibilité restent la clé du succès.
Les créateurs de contenus pour adultes influents le rappellent régulièrement, notamment aux très jeunes qui voudraient se lancer : “réfléchissez-y car tout reste sur internet”.
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Photo à la Une : Unsplash