Les tirs au gala de la presse à Washington ravivent le projet de Donald Trump d’une salle de bal à la Maison Blanche

Pensée comme un projet emblématique du prestige américain, la future salle de bal voulue par Donald Trump à la Maison Blanche est aujourd’hui au cœur d’une vive polémique. Entre blocage judiciaire, critiques architecturales et interrogations politiques, ce chantier hors norme dépasse largement le simple cadre d’un aménagement présidentiel. A la suite des tirs au dîner des correspondants dans la nuit du 26 avril, le projet prend une autre dimension. 

 

Et de cinq…

 

Avec l’épisode de ce 26 avril où des coups de feu ont été entendus lors du traditionnel Gala de la Presse à l’hôtel Hilton de Washington, Donald Trump a réchappé à cinq tentatives d’assassinat en dix ans ! Du jamais vu dans l’histoire présidentielle américaine, réactivant la nécessité d’un renforcement de la sécurité de l’Etat.

 

Empêché par les forces spéciales du  Secret Service, chargées de sa sécurité, de revenir dans la salle après une procédure d’exfiltration, le 47e président des Etats-Unis n’a pas pu offrir aux caméras du monde entier l’image résiliente et combative qu’il avait arboré lors d’une précédente tentative d’assassinat. Lors de cette dernière, dont avait été victime en Pennsylvanie en juillet 2024, il avait été blessé à l’oreille. Mais cette fois-ci, quelques minutes après l’arrestation de l’assaillant, félicitant les forces de l’ordre pour leur bravoure dénonçant l’attentat manqué d’un « loup solitaire cinglé », Donald Trump en a profité pour insister sur la nécessité de son projet de salle de bal à la Maison Blanche.

 

Cette dernière, qui devait incarner le faste et le renouveau des grandes réceptions américaines, cristallise les tensions depuis quelques mois. Suspendu par la justice, critiqué par les architectes et entouré de zones d’ombre, ce chantier hors norme raconte bien plus qu’une simple extension : il dit quelque chose de la manière dont Trump conçoit le pouvoir… et le décor qui l’accompagne.

 

Scène de chaos

 

Le soir du 26 avril à 21h (3 heure du matin heure de Paris), Donald Trump devait prendre la parole sur l’état de la guerre en Iran. Une allocution solennelle qui devait prendre place lors du traditionnel Dîner des correspondants à l’Hôtel Hilton de Washington. Cet évènement mondain conviant chaque année professionnels de la presse et célébrités est également l’un des rares moments du calendrier officiel où plusieurs des figures clés de la politique américaine sont rassemblées dans un même endroit.

 

Ce soir-là,étaient ainsi présents le Président des Etats-Unis Donald Trump, le Vice-Président des Etats-Unis JD. Vance, le Secrétaire d’Etat Marco Rubio, le secrétaire d’Etat à la Défense, Pete Hegseth et le directeur du FBI, Kash Patel. En dehors du directeur du FBI, ce sont ces plus hauts responsables de l’administration Trump – dont l’actuel président Donald Trump – qu’un ingénieur en mécanique de 31 ans originaire de Californie avait pour projet d’éliminer.  

 

Lourdement armé (un fusil d’assaut, deux armes de point et des couteaux), Cole Thomas Allen, ayant réservé une chambre la nuit précédente dans cet établissement de luxe, est parvenu à forcer le dispositif de sécurité à l’entresol de l’hôtel.

 

© DR

 

Quelques minutes avant le début de la cérémonie, des coups de feu ont retenti, à peine perceptibles pour les invités présents dans la salle de bal de l’hôtel où se tenait le Gala alors que l’orchestre jouait et que le dîner commençait à être servis. A quelques mètres de là, l’assaillant venait de blesser un agent de sécurité. 

 

Selon la procédure de sécurité, le Secret Service s’est alors précipité pour mettre à l’abri le Vice-Président ainsi que le président des Etats-Unis, les forces de l’ordre enjoignant, de leur côté, les invités en tenues de soirée à se mettre à terre. La configuration de la salle, avec une forte densité de tables très proches les unes des autres a complexifié l’intervention, obligeant certains agents à enjamber certaines tables.

 

Parvenant à se réfugier à l’étage juste au dessus de la salle, l’assaillant a finalement été interpelé. Aucun blessé parmi les invités n’est à déplorer. 

 

Bouclier sécuritaire défaillant ?

 

Y-a-t-il eu des failles dans le dispositif de sécurité entourant le président des Etats-Unis  ? Sur les réseaux sociaux, la réponse ne fait aucun doute : bien qu’il ne soit pas parvenu à entrer dans la salle de bal, comment un individu a-t-il pu introduire des armes lourdes et s’approcher aussi près du président ? 

 

Plusieurs témoins se sont étonnés du manque de contrôle à l’intérieur de l’hôtel, les invités relatant le fait de n’avoir à présenter que ce qui pouvait être assimilé à un simple billet, sans qu’aucune fouille préalable n’ait lieu, les portiques de sécurité étant situés plus loin dans le parcours, à proximité immédiate de la salle de bal. 

 

Le Washington Post a d’ailleurs mis à jour une zone grise à l’intérieur même du bâtiment. Ainsi, le Secret Service a considéré que seule la salle de bal relevait de sa responsabilité, tandis que la police de Washington avait pour mission de fermer les routes et de réguler la circulation aux abords de l’hôtel.  

 

Ne perdant pas le nord et visiblement moins choqué par l’évènement que son épouse Mélania, Donald Trump en a profité pour remettre sur la table son projet de salle de bal à la Maison Blanche.  « Cet événement ne se serait jamais produit avec la salle de bal classée Top Secret actuellement en construction à la Maison-Blanche », s’est empressé d’écrire le président des Etats-Unis sur les réseaux sociaux, dans un post publié dimanche.

 

8 000m2, 1 000 invités

 

Sur le papier, l’idée a de quoi séduire : une immense salle capable d’accueillir jusqu’à un millier d’invités, pensée pour remplacer les tentes provisoires jugées indignes des dîners d’État. Donald Trump, fidèle à son goût pour le spectaculaire, imagine un espace à la hauteur des grandes capitales diplomatiques.

 

© The White House

 

Mais la réalité l’a rattrapé. Fin mars 2026, un juge fédéral ordonne la suspension du chantier, rappelant un principe fondamental : la Maison Blanche n’est pas une propriété privée. Derrière cette décision, une critique plus profonde émerge – celle d’un projet lancé sans validation claire du Congrès, dans un flou juridique qui interroge sur les limites du pouvoir exécutif.

 

Le projet de salle de bal voulu par Donald Trump à la Maison Blanche se distingue par son ampleur exceptionnelle. Prévu sur une surface d’environ 8 000 m2, le bâtiment comprendrait une immense salle principale de près de 2 000 m2, capable d’accueillir jusqu’à 1 000 invités. Avec une hauteur d’environ 12 mètres, l’espace serait conçu pour rivaliser avec les plus grandes salles de réception officielles au monde. 

 

Mais il ne s’agit pas seulement d’une salle : le projet inclut un complexe complet comprenant une grande salle de réception, des bureaux administratifs – notamment pour la First Lady – ainsi qu’un cinéma rénové. L’ensemble doit être construit à la place de l’aile Est, démolie en 2025.

 

Jusqu’à 400 millions de dollars d’investissement

 

Le coût, lui aussi, est spectaculaire. Initialement estimé à 200 millions de dollars, il atteindrait désormais environ 400 millions, financés en grande partie par des fonds privés. Comme souvent avec Trump, la promesse d’un projet “sans coût pour le contribuable”, financé par des fonds privés, ne suffit pas à calmer les inquiétudes. Au contraire, elle alimente les soupçons d’influence et de conflits d’intérêts. Résultat : la salle de bal, censée incarner le prestige américain, devient un dossier brûlant au cœur de Washington.

 

Unsplash

 

À cela s’ajoute une dimension plus opaque : Donald Trump affirme qu’un “complexe militaire massif” serait également en construction sous la salle. De quoi brouiller encore davantage la frontière entre mise en scène du pouvoir et réalité stratégique.

 

Lire aussi : Affaire Epstein : la descente aux enfers de l’ex Prince Andrew

 

Photo à la Une : Unsplash

Luxus Magazine recommande

S’abonner pour recevoir Luxus Magazine

Luxus Magazine #14

Disponible maintenant !