Du petit atelier madrilène au triomphe international de Jonathan Anderson : la success story de Loewe

Fondé en 1846 par l’entrepreneur d’origine allemande Enrique (Heinrich) Loewe Roessberg, le maroquinier fête en 2026 ses 180 ans d’histoire. Retour sur le parcours d’un modeste atelier de peaussiers devenu une Maison reconnue à l’échelle internationale.

 

Traverser les âges, une tâche bien difficile dans le milieu de la mode et du luxe. Si Loewe enregistrait encore un bénéfice net de 157 millions d’euros lors de la clôture de son exercice 2024 d’après les données relayées par le média économique espagnol Cinco Días, c’est en tant que petit atelier spécialisé dans le cuir que la Maison internationalement reconnue a fait ses premiers pas. Née en 1846, elle fête aujourd’hui ses 180 ans d’existence, faisant d’elle la deuxième plus ancienne Maison de luxe au monde.

 

Des débuts prometteurs

 

Direction le Madrid du XIXe siècle. À l’époque, un certain entrepreneur d’origine allemande du nom d’Heinrich (devenu Enrique) Roessberg Loewe tombe amoureux de l’Espagne. Spécialisé dans le cuir, il décide de rejoindre un groupe d’une douzaine d’artisans, parmi lesquels des menuisiers, des tapissiers et des vernisseurs, et d’ouvrir un modeste atelier de maroquinerie rue Lobo (aujourd’hui rue Echegaray), une artère animée du centre de Madrid.

 

 

 

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À ses débuts, cet atelier fabrique des petits articles de maroquinerie (portefeuilles, coffres à bijoux, trousses de toilette…), en vogue au sein de la société. Fort de son succès en 1892, ce dernier s’installe au numéro 39 de la calle Príncipe, au cœur du quartier de las Letras. À l’époque, l’établissement compte 24 ouvriers capables de concevoir les premiers sacs à main pour femme de la marque, garants d’une certaine popularité au sein de la haute société.

 

Au début du XXe siècle, Loewe connaît une première consécration en devenant le fournisseur officiel de la couronne espagnole et en obtenant l’approbation du roi Alfonso XIII. Son épouse Victoire-Eugénie de Battenberg était d’ailleurs une cliente fidèle de la Maison. S’ensuit une expansion à l’échelle nationale avec l’ouverture de deux points de vente à Barcelone.

 

De la guerre civile espagnole aux paillettes hollywoodiennes

 

De 1936 à 1939, l’usine de Loewe, militarisée pendant la guerre civile, utilise le cuir pour les équipements. À la fin du conflit, la Maison observe un tournant et inaugure sa boutique emblématique sur la Gran Vía de Madrid, un projet confié à l’architecte Francisco Ferrer Bartolomé. Quelques années plus tard, cet espace fait l’objet d’une rénovation qui a vu l’apparition des vitrines conçues par José Pérez de Rozas.

 

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, la réputation de Loewe se trouve entachée par la nièce d’Enrique Loewe Hinton (le fils du fondateur de la Maison), Clara Stauffer. Fille de Konrad Stauffer Ruckert, un entrepreneur allemand du secteur brassicole, la jeune femme membre de La Section féminine de la Phalange, branche de l’organisation nationaliste masculine qui porte le même nom, participe aux efforts déployés par le groupe pour renforcer les liens entre l’Espagne franquiste et l’Allemagne nazie.

 

Offrant un refuge aux fugitifs, elle aide également à l’organisation de leur voyage vers l’Argentine. C’est dans ce contexte qu’à la fin de la guerre, la Maison Loewe se retrouve sur une liste noire des services de renseignements américains et britanniques. A l’époque, les deux pays soupçonnaient des entreprises et des espions d’avoir collaboré, financé ou fourni des biens au régime d’Adolf Hitler.

 

Pour se remettre de cette période sombre, Loewe décide de se rapprocher d’une clientèle nord-américaine émergente. Pendant les années 1950, Madrid attire les personnalités les plus tendances de l’époque. La légende voudrait même que le célèbre écrivain Ernest Hemingway offre un sac Loewe à l’actrice Ava Gardner. Le livre d’or de la boutique de la Gran Vía, conservé dans les archives de la griffe, témoigne du passage de clients illustres issus de la royauté, tels que la princesse Grace de Monaco ou la duchesse de Windsor, Wallis Simpson, ainsi que d’actrices hollywoodiennes comme Marlene Dietrich, Rita Hayworth, Elizabeth Taylor ou Sophia Loren.

 

L’ère Jonathan Anderson

 

C’est sous la houlette d’Enrique Loewe Knappe, disparu il y a dix ans, que Loewe étend son influence à l’international. En 1963, une boutique ouvre à Londres et la première collection de prêt-à-porter féminin voit le jour. Près de dix ans plus tard, le premier parfum de la marque est lancé sous le nom de « L de Loewe ». Puis, c’est au tour de Tokyo et de 30 autres lieux en Asie de découvrir le savoir-faire de la marque espagnole. C’est aussi à cette époque que l’anagramme actuel est imaginé par Vicente Vela.

 

 

 

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En 1983, la Maison se lance dans la mode masculine. Continuant son expansion, Loewe entre en 1996 dans le giron du géant du luxe LVMH. Le XXIe siècle marque un nouveau tournant pour le maroquinier grâce à l’ère Jonathan Anderson, créateur britannique arrivé en 2013 qui lui donne une impulsion virale jusqu’à son départ en mars 2025. Sous sa direction artistique, Loewe enchaîne les succès avec le lancement du célèbre sac Puzzle en 2015, le sac éléphant en 2017 ou encore les escarpins oeufs et le bustier arum.

 

Pendant plus de 10 ans, sa vision à cheval entre art, poésie et élégance aura suffi à dépasser les marques les plus en vue comme Miu Miu dans le classement Lyst des marques de mode les plus recherchées, comme au premier trimestre de 2025. Ses défilés font également partie des plus prisés du calendrier de la Fashion Week parisienne. A la suite de son départ, Loewe est entré dans une nouvelle phase créative avec l’arrivée du duo formé par Jack McCollough et Lazaro Hernandez.

 

Lire aussi > Comment choisir un sac de luxe intemporel : matières, design et entretien

 

Photo à la Une : © Getty Images

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