Fondée en 1926 par Eugène Fuchs, la Maison Fragonard est encore aujourd’hui aux mains de ses descendants. Dans le sillage de cet aïeul, le parfumeur attire les curieux du monde entier à Grasse, siège historique de ce gardien des traditions de la French Riviera.
Un centenaire en famille. Créée à Grasse après la Première Guerre mondiale par Eugène Fuchs, la Maison est aujourd’hui dirigée par la quatrième génération issue de cet entrepreneur ayant délaissé son étude de notaire dans la Loire pour les charmes du Sud de l’Hexagone.
Attaché aux paysages et à l’histoire de cette petite ville azuréenne, Eugène Fuchs baptise son entreprise en hommage à Jean-Honoré Fragonard, peintre rococo du XVIIIe siècle et fils du gantier parfumeur grassois François Fragonard. Cette reconnaissance envers la commune lui a sans doute porté bonheur car 100 ans après sa naissance, ses ventes atteignaient les 65,9 millions d’euros en 2019.
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La magie Fragonard opère lorsque la famille Fuchs s’offre une tannerie du XVIIIe siècle, la transformant en usine de parfumerie au début du siècle suivant. Il va sans dire que le fondateur a eu du nez puisque c’est à cette époque que la Côte d’Azur devient tendance avec l’arrivée des chemins de fer. Avec une accessibilité à la région décuplée, les rives de celle-ci attirent artistes, célébrités et têtes couronnées du monde entier : La French Riviera est née, notamment avec la présence du tsar Alexandre II, de la grande-duchesse Marie Alexandrovna et d’autres nobles russes à Nice.
En as du marketing, Eugène Fuchs casse les codes et offre la possibilité aux touristes (et à sa clientèle) de visiter les ateliers de fabrication de l’usine. Après avoir découvert les secrets de leurs essences préférées, les curieux sont ensuite invités à acheter leurs produits. Une recette qui fait toujours mouche au XXIe siècle.
La génération suivante
Trois ans après les débuts de son entreprise florissante, Eugène Fuchs confie les rênes de Fragonard à son fils Georges et à son gendre François Costa. L’aspect international prend encore de l’ampleur avec ce duo puisque le premier supervise les affaires à l’étranger quand le second chapeaute les équipes à Grasse. Leur point fort ? Le négoce de matières premières et de compositions à façon.
Malgré la Seconde Guerre mondiale qui éclate en 1939, le tandem maintient l’entreprise familiale à flot grâce à une alliance avec Elizabeth Arden, une femme d’affaires et entrepreneuse canadienne naturalisée américaine œuvrant dans l’industrie des cosmétiques. Leur collaboration donne naissance à une succursale outre-Atlantique nommée « Continental Perfumers Inc. ».
C’est aussi à cette époque que le parfum « Blue Grass » voit le jour et devient un véritable succès. Disponible encore aujourd’hui dans le catalogue d’Elizabeth Arden, cette essence se caractérise par des notes d’œillets, de lavande ou encore de benjoin.
En 1939, Jean-François Costa, le fils de François et d’Emilie Costa, intègre la société familiale. Il travaille alors avec son cousin Patrick, chargé du développement des ventes de compositions. C’est sous l’impulsion de Jean-François Costa que la marque prend une dimension plus culturelle puisqu’il décide en 1975, d’ouvrir le premier musée du parfum à Grasse et deux autres lieux similaires à Paris.
De père en filles
Aujourd’hui, ses trois filles Anne, Agnès et Françoise sont à la manœuvre. Une place qu’elles n’espéraient pas obtenir étant donné qu’elles ont dû convaincre leur père de leur laisser les clés de la boutique. « Mon père était un peu macho», a confié au Parisien en 2018, Agnès Costa, deuxième de la fratrie et première à avoir rejoint l’affaire familiale. « Il disait plutôt « Pas de chance, j’ai des filles, mais j’aurai des gendres ! » », a-t-elle poursuivi.
« Nous lui avons pris le pouvoir », dans les années 1990 a ensuite ironisé celle qui est aujourd’hui la présidente de Fragonard. En effet, malgré quelques frictions entre père et fille, le patriarche décide de lâcher du lest lorsqu’il constate le succès de la boutique en ligne lancée en 1997.
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Aujourd’hui, les trois sœurs – Anne, médecin, pilote le laboratoire cosmétique, Agnès, gère l’aspect créatif et Françoise, est en charge des finances – font prospérer la Maison grâce à un réseau de plus d’une vingtaine de boutiques en France et depuis 2015 à Milan.
« Nous avons eu beaucoup de chance d’être une famille très unie », confiait ainsi Agnès Costa à France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur en juin dernier. «Et la chance au fur et à mesure des générations, de trouver quelqu’un qui s’intéresse à ce métier », a-t-elle ajouté. C’est pour cela que la Maison parvient à perdurer depuis 100 ans. Cette passion pour la parfumerie amène donc à se demander si la cinquième génération ajoutera sa pierre à l’édifice. « Sur nos 6 enfants, encore jeunes, l’un d’entre eux aura peut-être envie d’écrire la suite de l’entreprise. On nous l’a transmise, on la transmettra, on ne la vendra pas », a ainsi assuré la présidente dans les colonnes du Parisien.
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Photo à la Une : © Joost CROP / UNSPLASH