Étendard de la discrétion et spécialiste de la chemise masculine, la Maison Charvet a fait la Une des médias début juillet après son rachat surprise par le géant Chanel. Fondée en 1838 et installée place Vendôme (Paris) depuis 1877, l’entreprise confectionne des vêtements sur mesure très prisés des hommes politiques et des célébrités du monde entier.
Pas de publicités, pas de site de vente en ligne, ni de logo mais une notoriété à toute épreuve. Voici ce qui caractérise la Maison Charvet outre son savoir-faire inégalable dans la confection des chemises pour homme. Début juillet, c’est avec un grand étonnement que le monde de la mode a appris son rachat par Chanel, d’autant plus que l’entreprise avait toujours refusé d’être absorbée par d’autres groupes.
Voir cette publication sur Instagram
Fondée en 1838, Charvet était jusqu’au 2 juillet dernier la propriété de la famille Colban. D’ailleurs, ce sont Jean-Claude Colban et sa sœur Anne-Marie qui accueillent les clients à la boutique du 28 place Vendôme, à Paris, en leur proposant des milliers de tissus pour leurs pièces sur mesure. Avant que le tandem ne prenne les rênes de cette adresse historique, c’est leur père Denis Colban, alors fournisseur de tissus de la maison qui rachète l’entreprise aux descendants des Charvet dans les années 1960.
Avant l’ère Colban, celle des Charvet. Avant la place Vendôme, il y avait la rue de Richelieu, dans le deuxième arrondissement de la capitale. En 1838, Joseph-Christophe Charvet, dont le père était chargé de la conservation de la garde-robe de Napoléon Ier ouvre sa boutique grâce à laquelle il se fait remarquer pour ses innovations comme la « pièce d’épaule », permettant un meilleur maintien à la chemise, et pour son col retourné et plié.
Voir cette publication sur Instagram
L’année suivante, la maison devient le chemisier officiel du Jockey Club, l’un des cercles les plus élitistes au monde. Petit à petit, Charvet s’impose dans les placards des têtes couronnées, dont ceux du palais de Buckingham et d’Edouard VII. De Charles Baudelaire à Robert de Montesquiou en passant par Marcel Proust et Winston Churchill, tout le gratin du XIXe et du XXe siècle se presse alors place Vendôme où la société s’est installée en 1877. Depuis 1982 au numéro 28 dans l’hôtel Gaillard de la Bouëxière, la boutique Charvet est la plus ancienne adresse de luxe présente en ce lieu parisien iconique.
L’artisanat avant tout
Encore aujourd’hui, elle attire les célébrités du monde entier entre ses murs comme Nicolas Sarkozy, Kate Moss, Sofia Coppola, David Beckham ou encore Chloë Sevigny. C’est en cela que Charvet fait figure d’ovni dans un monde toujours plus connecté et marketé. Jusqu’à maintenant, la marque ne possède aucune autre boutique en France ou dans le monde, pas de site internet, encore moins d’égéries et de logos. Tout réside dans la culture de l’excellence et de l’artisanat.
C’est au deuxième étage du magasin que la magie opère. La confection d’une chemise sur mesure peut démarrer à un prix de 755 euros. La première étape consiste à faire une prise de mesures pour constituer un patron unique, puis une toile et un prototype. Côté couleurs, tissus et textures, le choix s’avère cornélien puisque Charvet propose une myriade de références.
Voir cette publication sur Instagram
« Nous créons de nouveaux blancs deux fois par an. Nous combinons différents apprêts, différentes épaisseurs de fil, de tissages… Partant du principe que choisir c’est comparer, nous donnons à nos clients les moyens de la comparaison », expliquaient au Monde Jean-Claude et Anne-Marie Colban. Le duo confiait même avoir perdu le compte du nombre de teintes disponibles, tant leur catalogue compte plusieurs milliers de références..
La Maison propose également de fabriquer des costumes moyennant un temps d’attente de six semaines environ. Charvet confectionne aussi des accessoires comme des foulards en soie, des cravates, des nœuds papillon ou encore des boutons de manchettes et une multitude de cols. Le chemisier va même plus loin avec ses mules aux 128 teintes différentes. Si le sur-mesure est son fer de lance, l’entreprise dispose également d’un service de demi-mesure ainsi que des produits en prêt-à-porter personnalisables.
L’ère Chanel
C’est cet héritage qui a sans doute attiré la Maison Chanel vers le Charvet. Dans son communiqué transmis à l’AFP au moment de son rachat, la griffe a justifié cet événement par sa volonté « d’accompagner, sur le long terme, la transmission d’un savoir-faire unique et la pérennité d’une maison patrimoniale française emblématique, dans le respect total de son indépendance créative ».
L’entreprise a également précisé que cet accord relevait davantage d’une « conversation créative nouée » entre Charvet et Matthieu Blazy, directeur artistique arrivé en 2025 chez Chanel à l’occasion de sa première collection de prêt-à-porter printemps été 2026. En effet, le styliste y avait intégré une chemise effet smoking ornée d’une perle blanche au niveau du col. Une pièce rapidement en rupture de stock après sa mise en vente.
Voir cette publication sur Instagram
« Pour une fois, ce n’était pas quelqu’un qui proposait de faire un T-shirt avec deux noms dessus », a confié Jean-Claude Colban à Vanity Fair au sujet de cette collaboration. Outre cette compréhension mutuelle, le lien entre Charvet et Chanel s’inscrit dans un récit plus lointain.
Également très prisé pour ses pyjamas et ses robes de chambre, le chemisier recevait Gabrielle Chanel, la fondatrice de la marque au double C, pour confectionner ses pyjamas. De plus, Boy Capel, son amant et amour de toujours était également client de la marque. Matthieu Blazy aurait d’ailleurs imaginé Coco porter les vêtements de l’homme d’affaires britannique. « Historiquement, cela a du sens», a ainsi déclaré à Vanity Fair Jean-Claude Colban. « Il ne s’agit pas de reproduire, mais de jeter un nouvel éclairage sur le passé », a-t-il ajouté.
Lire aussi > La petite histoire de… la mini-jupe, entre mode et émancipation
Photo à la Une : © Instagram charvet_official