Le Carnaval de Venise transforme chaque hiver la cité sur l’eau en un théâtre vivant, où masques et costumes mêlent histoire, mystère et éclat festif. De ses origines médiévales aux parades sur les canaux aujourd’hui, la fête révèle traditions séculaires et spectacles somptueux.
Alors que l’hiver recouvre Venise de son dernier manteau de froid et que les canaux scintillent sous le soleil bas, un événement national réchauffe la ville et les cœurs : le fameux Carnaval. Prévue du 7 au 17 février 2026, cette célébration fait rayonner la cité des Doges à travers le monde. Cette fête, symbole de la Sérénissime, trouve ses origines au XIème siècle, avec la première mention officielle en 1094, lorsqu’un édit du doge Vitale Falier autorise des réjouissances publiques avant le Carême.
Quelques décennies plus tard, en 1269, le Sénat vénitien institue le Mardi Gras comme jour férié et autorise le port de masques et costumes, posant les bases d’un rituel social unique. Mais cette période n’était pas qu’une raison de faire la fête. Elle permettait à toutes les classes de se réunir et de suspendre, temporairement, les hiérarchies. Nobles, marchands et artisans se mêlaient derrière les masques, optant pour l’anonymat et la liberté d’expression.
Se mélanger et contourner les hiérarchies sociales
Au fil des siècles, les costumes deviennent plus élaborés, intégrant des figures de la Commedia dell’Arte comme Arlequin, Colombine ou Pantalone, et des masques emblématiques comme la bauta (un masque blanc Larva couvrant le visage entier mais dont la machoire carrée permet de parler, de manger et de boire , souvent porté avec un tricorne et une cape noire) ou la moretta – de l’italien « moro », obscur (un petit masque féminin rond en velours noir troué de deux grands yeux). C’est sans compter sur le masque à bec de corbeau, directement inspiré de l’attirail tristement célèbre du médecin de la peste du XIVe siècle (« Medico della Peste »), devenu à lui seul le symbole du Carnaval de Venise.

Au XVIIIe siècle, époque marquée par le libertinage et les frasques de Giacomo di Casanova, le Carnaval atteint son apogée avec des bals somptueux, des opéras et divers spectacles publics. L’aristocratie européenne se prend de passion pour l’événement, faisant de Venise une vitrine culturelle à l’époque Baroque.
La tradition connaît un coup d’arrêt en 1797, lorsque Napoléon interdit les festivités pour éviter toute agitation sociale. Sous la domination autrichienne au XIXème siècle, les fêtes s’éteignent presque totalement. Ce n’est qu’à partir des années 1970, grâce à des étudiants et des associations culturelles, que la tradition renaît. Elle est officiellement restaurée au début des années 1980, ancrant la célébration dans l’ère moderne sans pour autant changer ses codes ancestraux et son atmosphère fastueuse d’antan.
La fête aujourd’hui
Les festivités débutent toujours par un spectacle d’ouverture : le Vol de l’Ange. Suspendue par un câble au-dessus de la foule, une figure descend depuis le campanile de Saint-Marc jusqu’à la place Saint-Marc. Traditionnellement, c’était une personne choisie dans la ville qui inaugurait le Carnaval. Aujourd’hui, ce rôle est souvent confié à une célébrité ou à une personnalité médiatique.

Un autre temps fort est la Festa delle Marie (la Fête des Marie) qui commémore la libération de douze jeunes femmes vénitiennes enlevées par des pirates au Moyen Âge. De notre temps, des jeunes filles vêtues de robes traditionnelles parcourent la ville, en parallèle des défilés, des spectacles et des bals privés organisés dans les palais alentours.
Des parades sur les canaux, avec des gondoles décorées et des costumes flamboyants, font du carnaval un événement à la fois sur la terre et sur l’eau. Des concours de masques récompensent par ailleurs la créativité.
Des revenus considérables pour Venise
Aujourd’hui, le Carnaval se déroule sur une dizaine de jours avant le Mercredi des Cendres, culminant le jour du Mardi Gras. Les rues et canaux se remplissent de milliers de spectateurs et de touristes, dont plus de 150 000 sur le premier week-end. L’événement attire ainsi quelques millions de visiteurs par édition.

Cette popularité génère des revenus considérables pour Venise, jusqu’à 70 millions d’euros dépensés par 567 000 visiteurs étrangers en moyenne selon la commune. Mais la cité, malmenée par des décennies de sur-tourisme et ayant besoin d’être préservée en raison de son environnement fragile, la question de la surfréquentation touristique reste une priorité pour les locaux. Le Covid a d’ailleurs permis aux habitants de se réapproprier l’événement sans les voyageurs.
Le Carnaval de Venise reste un mélange unique d’histoire, de spectacle et de culture, une célébration où masques, costumes et traditions séculaires continuent de captiver des visiteurs du monde entier, perpétuant son esprit festif, élégant et inclusif.
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