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RENDEZ-VOUS AVEC UN ARTISTE. Rencontre avec Simon Martner, photographe international en joaillerie

RENDEZ-VOUS AVEC UN ARTISTE. Rencontre avec Simon Martner, photographe international en joaillerie

Des jeunes créateurs aux Grandes Maisons, de son studio à Londres aux quatre coins du monde, du joyau délicat à la pièce imposante de plusieurs millions, Simon Martner, photographe international spécialisé en joaillerie, sublime depuis plus de 10 ans chaque bijou dans le respect de l’identité du joaillier.

 

Aujourd’hui, il révèle pour Luxus Plus quelques astuces afin de répondre aux besoins spécifiques de cet univers et de se démarquer dans une époque de surproduction visuelle.

 

 

 

Comment définiriez-vous un bon photographe en joaillerie ?

 

De manière générale, un bon photographe doit savoir contrôler la lumière et la réflexion. Ce qui est un challenge majeur quand il s’agit de la joaillerie, car les pierres et les matières ont de nombreux reflets. Mais il est également important d’avoir une connaissance et une compréhension du design des bijoux. Il est de notre responsabilité de transformer un bien en 3D en image en 2D, tout en préservant la beauté, la qualité et le caractère onéreux du joyau. Car avec les réseaux sociaux, les personnes sont aujourd’hui surenvahies par les images. Il est donc extrêmement important de rendre la photo exceptionnelle.

 

Vous avez plus de 10 ans de carrière dans la joaillerie. Au regard de votre parcours, avez-vous un conseil à donner aux jeunes photographes ?

 

Entre ma première et deuxième année, j’ai photographié en masse de manière robotique pour acquérir un savoir. Et je pensais détenir la parfaite technique. Ça a été la période la plus ennuyante de toute ma carrière. J’avais tellement de potentiel que je pouvais améliorer, mais je ne le voyais pas. Et au fur et à mesure j’ai réalisé l’intérêt de me challenger. Quand j’ai saisi l’importance de sortir de ma zone de confort et l’étendue des possibles grâces aux nombreux jeux de positions et de lumière, mon travail est devenu plus intéressant. J’ai pu également montrer aux joailliers avec lesquels je travaille que je prends leurs besoins très au sérieux. Ils passent des mois à perfectionner leurs designs. Alors quand il s’agit de les mettre en valeur, ils veulent une personne qui s’investie complètement et qui a à coeur de recréer une image parfaite pour sublimer leurs créations. Tu n’es pas là juste pour photographier. Tu peux proposer, échanger et apporter ta propre vision artistique.

 

Vous basez vous sur d’autres tendances artistiques pour améliorer vos photos ?

 

Je dessine, je joue de la musique, je fais du skateboard, je fais énormément de photographie analogique. Et j’imagine que d’une manière ou d’une autre, cela influence mon style. Mais, le dessin, c’est certain. Et je dirais surtout la photographie analogique. Elle permet d’apporter plus de fraîcheur dans la capture d’un moment. Car nombreuses des photographies joaillières sont très contrôlées lors de leur réalisation. Il est intéressant d’apprendre à simplement capturer l’instant. Et entre mes collaborations et les clients que je rencontre, je m’inspire également des amitiés que je crée à travers le monde.

 

En parlant de cela, vous êtres un photographe international, comment organisez-vous vos shootings ? Comment vous faîtes-vous connaître ?

 

Surtout par le bouche à oreille. Je n’ai plus fait de publicité depuis de nombreuses années. Mes clients me découvrent aussi via mon compte Instagram ou dans des salons de la joaillerie. J’entretiens également une collaboration avec la spécialiste joaillière Katerina Perez, qui est une référence connue dans le milieu et qui m’a introduit auprès de plusieurs clients à travers le monde. Mais la majorité de ces derniers se trouvent à Londres. La nature de Londres fait que l’on retrouve des personnes de tous horizons qui voyagent dans cette ville. Ensuite, je me déplace là où mes clients vont. J’ai des équipements professionnels portatifs et je monte facilement un studio de joaillerie sans que ces derniers n’aient besoin de payer quoi que ce soit. Cela me permet d’intervenir n’importe où.

 

Pouvez-vous me parler d’un de vos projets ou de vos collaborations ?

 

Depuis plusieurs années, je travaille régulièrement avec un joaillier britannique nommé Hirsh pour leur campagne et leur site web. C’est une Maison très distinctive, très colorée. Dernièrement, nous avons eu des séances photos avec la modèle Melissa Re et j’ai collaboré avec des stylistes pour recréer une mise en scène au style très anglais, en jouant avec les coutumes locales, comme par exemple avec le thé ou le Fish and Chips. Que faîtes-vous pour demeurer en constante amélioration ? J’ai choisi d’avoir une approche scientifique. J’ai pour habitude de toujours tester différents angles, prises, effets de lumières… et de ne faire qu’un seul changement à la fois tout en analysant bien ce qui se passe afin de comprendre avec exactitude chaque rendu. J’ai bien conscience que 99% des gens peuvent trouver cette technique ennuyante mais je la considère comme très intéressante. C’est ma manière de m’améliorer. Cela me permet aujourd’hui d’être très rapide lorsque je shoote avec des clients, tout en leur proposant plusieurs techniques et résultats possibles.

 

La superpuissance des réseaux sociaux demande une création de contenus en masse qui devient obsolète dès la mise en ligne. Ce processus ouvre la voie à une émergence fulgurante de nouveaux photographes sur le marché, désireux d’être polyvalents et cassant les prix. Avec cela, s’engendre une perte de recherche artistique qualitative, de l’excellence dans la technique ou de personnalisation. Que pensez-vous de cette problématique et de son développement futur ?

 

Je crois qu’il y aura une polarisation de plus en plus marquée entre les photographes très spécialisés, très doués dans leur domaine et un marché de masse. Tout le monde a un Iphone, tout le monde peut prendre des photos, ce qui est parfait pour certaines attentes. Mais la polarisation rendra la situation plus compliquée pour les photographes qui seront entre les deux. Ceux qui ne seront pas parmi les meilleurs dans leur domaine et qui ne souhaitent pas être sous-payés auront du mal à se positionner face à ceux qui cassent les prix.

 

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En 2019, pour la Haute Collection Impériale de Rubeus Milano, vous avez photographié la plus grande alexandrite de l’Oural à facettes reconnue au monde. Ce bijou, monté en immense collier de 70 000 000€ et serti de multiples gemmes, se distingue par un design complexe prenant la forme d’une explosion de cristaux. Pouvez-vous nous parler du shooting de cette pièce ?

 

J’ai quitté Londres à 5h du matin pour rejoindre directement le lieu du shooting, dans une place secrète sans climatisation, en pleine canicule parisienne. Nous avons shooté vendredi et samedi et livré 60 photos finales retouchées dimanche soir pour la présentation de Rubeus à la Fashion Week de Paris le lundi suivant. Nous n’avions aucune marge de manoeuvre en cas de souci. Tout devait être parfait rapidement. Et l’alexandrite est en elle-même un challenge car la nature de la pierre fait qu’elle change de couleur à une certaine température de la lumière, allant du vert foncé au violet. Or, nous nous devions de dévoiler avec exactitude l’étendue de ses nuances. C’était un défi auquel je n’avais jamais été confronté auparavant.

 

Mais au final l’enjeu est surtout de réaliser une belle photo en capturant l’essence du bijou. Qu’importe que ce dernier soit une pièce imposante et complexe ou un joyau plus modeste, le concept reste le même. L’objectif est de composer un rendu étincelant, de capturer les détails et de créer une atmosphère qui sublime le bijou. Concrètement, il n’y a pas de réelle différence dans le processus. Cela demande juste beaucoup plus de temps. Au regard de toutes ces années d’expertises en photographie, pensez-vous ouvrir vos champs des possibles ?

 

Pendant le confinement, je me suis impliqué dans un grand projet personnel. Il se constitue de 8 albums photos, comprenant également mes dessins et mes notes lors de mes voyages, shootings et rencontres. C’est un peu le journal de bord de mes 19 ans jusqu’à maintenant. Ce fut amusant à réaliser. D’un point de vue plus professionnel, je fais également des séminaires et il m’arrive de donner des cours. Mais j’avoue que ce qui me rend le plus heureux est de continuer à photographier pour mes clients, où qu’ils soient dans le monde.

 

 

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Photo à la Une : © Simon Martner

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