Donald Trump : vers la fin de son empire immobilier ?

Le délai imparti à l’ancien président américain Donald Trump pour rassembler une caution de plusieurs centaines de millions de dollars, afin de faire appel de sa condamnation pour fraude à New York, expire ce lundi. Cette somme astronomique demeure jusqu’à présent introuvable pour l’ex-homme d’affaires. Ses avocats ont formulé une demande d’exemption de cette caution, mais en l’absence d’une décision favorable, quels sont les scénarios qui se profilent ?

 

Le temps presse pour Donald Trump. Le 16 février dernier, l’ancien Président des États-Unis et ses deux fils, Donald Jr. et Éric, ont été condamnés pour des fraudes financières, avec une peine totale d’environ 464 millions de dollars de réparations financières à payer.

 

Donald Trump est tenu de verser environ 355 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 100 millions de dollars d’intérêts, totalisant ainsi 455 millions de dollars. Pour ses fils, huit millions de dollars, également assortis d’intérêts, sont à régler. Bien qu’ils aient fait appel, l’ancien Président demeure dans l’obligation de fournir une garantie de sa capacité à payer cette amende importante et à mettre les fonds à disposition de la justice.

 

Cette amende représente une somme considérable qui pourrait impacter gravement les finances de l’ancien président. En l’absence d’exemption de caution, Donald Trump pourrait envisager de se déclarer en faillite, ce qui lui permettrait d’éviter le paiement. Cependant, une telle décision pourrait nuire à son image de milliardaire à succès, affecter sa popularité et son potentiel électoral.

 

« Si Trump ne peut pas payer cette caution d’un demi-milliard de dollars, il va au-devant d’une humiliation et de graves conséquences financières », explique Carl Tobias, professeur à l’école de droit de l’université de Richmond en Virginie (est).

 

Trump dans l’impasse

 

Dans un document judiciaire de 5 000 pages rendu public, les avocats de Donald Trump ont admis qu’il était peu probable qu’il puisse réunir une caution d’une telle ampleur, étant donné que très peu de sociétés de cautionnement sont disposées à assumer un tel risque financier.

 

Donald Trump a affirmé sur les réseaux sociaux qu’il disposerait de 500 millions de dollars en liquide, destinés à sa campagne, mais cette déclaration semble peu crédible. De plus, bien qu’il ait annoncé son intention d’introduire en bourse son réseau social Truth Social pour trois milliards de dollars, il ne sera pas autorisé à vendre ses parts avant six mois, ce qui pourrait constituer une impasse financière difficile à surmonter.

 

Cette pression financière s’ajoute à une série de revers judiciaires coûteux pour l’ancien Président, notamment sa récente condamnation à verser 5 millions de dollars de dommages et intérêts à l’écrivaine E. Jean Carroll pour diffamation.

 

 

Donald Trump dénonce une « exigence inconstitutionnelle et illégale de garantie » financière ainsi qu’ « une chasse aux sorcières politique » menée par la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, « raciste et corrompue », et le juge Engoron, « contrôlé par la clique des démocrates ».

 

Des biens immobiliers menacés

 

« S’il n’a pas les fonds pour s’acquitter du jugement, nous demanderons au juge de saisir ses biens. Il s’est rendu coupable de fraude massive, ce n’était pas une simple erreur », a expliqué la procureure de New York, Letitia James.

 

La magistrate afro-américaine, membre élue du Parti démocrate et occupant une fonction politique importante à New York, avait intenté une action en justice civile contre les Trump et leur entreprise, la Trump Organization, en octobre 2022. Ce litige a été porté devant la cour suprême de l’État de New York, le tribunal de première instance situé à Manhattan, et a duré jusqu’en janvier dernier, aboutissant à la condamnation des Trump père et fils le mois dernier.

 

« Si Trump rate la date butoir de lundi, la procureure générale peut essayer de saisir l’argent qu’il détient à New York et certains de ses biens immobiliers liés au dossier ». Toutefois, au regard de l’impact que ces saisies représenteraient et de l’énorme pression politique sur la justice new-yorkaise, il est possible que la procureure James « lui donne plus de temps ou négocie un règlement », avance Carl Tobias.

 

Une saisie des biens de Donald Trump pourrait inclure la mise en vente de ses propriétés immobilières, telles que la Trump Tower de la 5e avenue et un immeuble sur Wall Street.

 

 

Par ailleurs, le juge Arthur Engoron a ordonné que certaines licences commerciales de Trump soient annulées et que certaines de ses entreprises soient confiées à des séquestres indépendants.

 

Situation financière en déclin

 

La pression financière exercée sur Donald Trump survient dans un contexte de diminution de sa fortune, comme l’a révélé l’évaluation de sa valeur nette par Forbes. Bien qu’il demeure milliardaire, avec des actifs évalués à 2,6 milliards de dollars en février 2024, il n’est plus suffisamment riche pour figurer dans le classement annuel Forbes 400 des personnes les plus riches d’Amérique. En 2022, sa fortune était estimée à 3 milliards de dollars contre 4,6 milliards de dollars en 2016. Malgré cette baisse, à la mi-mars 2024, Forbes estime toujours sa valeur nette à 2,6 milliards de dollars, ce qui classe l’ancien Président au 1 290e rang sur la liste des personnes les plus riches du monde établie par le magazine.

 

La fortune de Donald Trump est largement basée sur l’immobilier, avec des investissements dans des immeubles résidentiels à New York, des terrains de golf et des hôtels à travers le monde. Selon Bloomberg, l’un de ses principaux actifs est sa participation de 500 millions de dollars dans le 1290 Avenue of the Americas, un immeuble de bureaux situé à Manhattan. Il disposerait également de 600 millions de dollars en liquidités, et son Trump National Doral Miami Golf Resort est évalué à environ 300 millions de dollars, d’après Bloomberg.

 

La valeur nette de Trump a cependant diminué pour plusieurs raisons. La pandémie a notamment affecté certains de ses biens immobiliers, avec une faible demande pour ses immeubles de bureaux en raison de l’essor du télétravail.

 

 

En outre, sa participation dans Truth Social n’a pas atteint les objectifs escomptés. Bien que l’entreprise ait prédit une base de 40 millions d’utilisateurs, elle n’a réussi à attirer que 6,5 millions à la fin 2023. Cette sous-performance a conduit Forbes à réévaluer la valeur de la société mère de Truth Social à 100 millions de dollars, contre 730 millions en 2022. Malgré ces revers, la fusion prévue entre la société mère de Truth Social, Trump Media & Technology Group, et son partenaire financier pourrait être lucrative pour l’ancien Président. Il devrait recevoir près de 79 millions d’actions de la nouvelle entreprise issue de la fusion, ce qui pourrait lui rapporter jusqu’à 4 milliards de dollars en fonction du cours de l’action de son partenaire financier.

 

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Photo à la Une : © Presse

Hugues Reydellet est un jeune journaliste passionné, dont les sujets de prédilection sont l'économie, la culture, la gastronomie, mais aussi l'automobile et le sport. Avec une plume acérée et une curiosité insatiable, Hugues est constamment à la recherche de nouvelles informations brûlantes à rapporter.

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