Gautam Adani, la chute d’un homme et son empire

Qui est Gautam Adani, le milliardaire indien, fondateur et président du groupe Adani ? Son parcours, de ses débuts dans le négoce à un empire de plusieurs centaines de milliards de dollars, est impressionnant. Jusqu’à son récent revers de fortune, tout aussi spectaculaire…

 

Tout le monde connait le mythe d’Icare, ce jeune homme mort pour avoir volé trop proche du soleil avec des ailes de cire et de plume. C’est bel et bien la tragédie que connait Gautam Adani, le milliardaire indien, fondateur et président du groupe Adani. En septembre 2022, l’homme d’affaires était devenu la deuxième personne la plus riche du monde avec un capital de 148 milliards de dollars américains, valeur calculée sur la base de la capitalisation boursière de son conglomérat. Mis en cause en janvier 2023 par le fonds Hindenberg, la valeur du groupe Adani perd près de 100 milliards de dollars, du jamais vu. Récit d’une chute.

 

Une ascension fulgurante

 

En 1985, Gautam a 23 ans et tente de se lancer dans les affaires avec son frère à Mumbai.  Dix ans plus tard, il décroche un contrat de gestion du port de Mundra et entrevoit un chemin tout tracé dans les activités portuaires. Gautam Adani est un homme intelligent qui se positionne auprès des personnalités influentes du pays. Ami du ministre en chef du Gujarat, Narendra Modi (devenu Premier ministre en 2014), il obtient de celui-ci, en 2001, les droits d’exploitation de l’infrastructure située sur la rive nord du golfe du Kutch pour une durée de trente ans. En 2003, Modi lui accorde l’autorisation de créer une zone économique spéciale, exempte notamment des règles communes de fiscalité, ce qui va lui permettre d’accroitre considérablement sa fortune.

 

Il devient alors un spécialiste de l’import-export, dans les produits pétroliers, le charbon et les produits agricoles. Plus gros importateur indien de charbon au début des années 2000, il construit par la suite des centrales électriques au charbon. Fidèle de Narendra Modi, Gautam Adani voit son patrimoine passer de 70 millions à 7 milliards de dollars. Son groupe est fréquemment appuyé par l’État pour l’attribution des licences ou la signature de contrats. Depuis 2019, le groupe Adani investit dans de nombreux domaines : ports, aéroports, énergie, médias… Soit un véritable empire.

 

Mine de charbon Carmichael en Australie, détenue par le groupe Adani

 

La descente aux enfers

 

Mais malgré son capital important, le groupe Adani est très endetté. En janvier 2023, le fonds d’investissement Hindenburg Research, de renommée mondiale, publie un rapport affirmant que le groupe est une immense arnaque. L’enquête d’Hindenburg, menée par des analystes financiers, apporte la preuve que les données publiques sur sa solvabilité ont été manipulées par les dirigeants. Les turbulences se font immédiatement sentir, tant sur les marchés boursiers que dans la sphère politique indienne. Le propriétaire sexagénaire de l’ex plus gros conglomérat indien voit sa fortune personnelle fondre. En seulement dix jours, elle est divisée par deux à 69 milliards de dollars.

 

 

Détenu par Nathan Anderson, Hindenburg accuse aussi Gautam de « manipulation effrontée des actions », ainsi que de « fraude comptable de plusieurs décennies ». Il dénonce aussi le « labyrinthe d’entités offshore imaginaires » installées dans des paradis fiscaux (comme Chypre, Maurice ou les Caraïbes). Cet élément semble bien apporter la preuve de l’escroquerie du groupe, mais aussi de la corruption inhérente du gouvernement, qui n’a pas agi. Le marché boursier s’en est ressenti immédiatement, et en quelques jours, Adani Group a perdu 120 milliards de dollars de capitalisation totale, soit plus de la moitié de ce que valaient ses actions à la mi-janvier. Face à d’énormes flux de capitaux, certaines filiales ont dû suspendre leurs activités vendredi. Les capacités de financement de la plus importante entreprise du sous-continent sont durablement réduites.

 

Tenter le tout pour le tout

 

Gautam Adani a finalement pris la parole à la télévision pour faire face à ce qu’il qualifie de calomnies. Il dément les accusations de collusion entre le pouvoir indien, tenu par Narendra Modi, et lui-même : « le fait est que mon succès professionnel n’est pas dû à un seul dirigeant mais aux réformes politiques et institutionnelles initiées par plusieurs dirigeants et gouvernements sur une longue période de plus de trois décennies ».

 

Narendra Modi et Gautam Adani au 5e Sommet mondial du Gurajat en 2011

 

Bien que toujours multimilliardaire, le magnat est victime d’une chute historique, considérable. Dans un rapport de 413 pages, le groupe a rejeté les allégations du rapport Hindenburg comme « rien de plus que des mensonges » et a condamné les « attaques malveillantes » contre sa réputation.

 

Même quand elles sont en train de fondre et brûler, on essaye de sauver ses plumes.

 

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Photo à la Une : ©Presse

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