La grande épopée du luxe (épisode 2) : l’Antiquité

Dans notre dernier épisode, nous avions pu découvrir les premières traces d’objets précieux et esthétiques pendant la préhistoire. Les techniques se sont perfectionnées au fil du temps, tandis que les échanges commerciaux ont favorisé l’échange de matériaux et produits prestigieux. À travers les Âges de Bronze et de Fer, en passant par l’antiquité, découvrez l’évolution des biens luxueux dans ce nouvel épisode.  

 

Peu avant l’Antiquité, les Âges de Bronze et de Fer, méconnus dans l’histoire, voient l’artisanat se développer à grande vitesse. Avec l’apparition de nouveaux matériaux, comme le fer, le bronze ou l’or, on utilise de nouvelles techniques (comme la fonderie) pour produire des biens toujours plus prestigieux. Les parures, en métal ou en verre (bracelets, perles, torques), et les accessoires vestimentaires en fer et bronze (fibules, boucles ou éléments de ceinture), font partie de l’art de vivre des élites. De nombreuses tombes princières des VIe et Ve siècles avant notre ère ont livré de la vaisselle de luxe destinée aux banquets, tels des services à vin en bronze d’origine étrusque ou grecque (situles, bassins, chaudrons…) richement décorés de motifs figuratifs ou géométriques.

 

Détail de l’anse d’un chaudron en bronze représentant la tête du dieu grec Acheloos, provenant d’une tombe princière, Ve siècle avant notre ère

 

À partir du IIe siècle avant notre ère, les biens de prestige se standardisent davantage. On trouve des parures d’exception, tels des torques (colliers métalliques) en or au décor raffiné, mais aussi, comme au début de la période, des récipients liés à la consommation du vin – cruches, situles (récipients munis d’une anse) et autres simpulum, de grandes cuillères à long manche. Ces éléments sont parfois associés à des pièces plus rares comme des chenets ou des cornes à boire.

 

Cône d’or de Berlin, artefact impressionnant de l’Âge de Bronze, 1000-800 avant notre ère

 

Pour sa part, le pourpre de Tyr, encore appelé pourpre royal ou impérial, se distingue comme un colorant qui transforment les vêtements en biens très prisés et coûteux. Ce colorant extrait des coquillages murex fut produit pour la première fois par la ville phénicienne de Tyr à l’âge du bronze.  Sa difficulté de fabrication, sa gamme de couleurs de violet intense à rouge et sa résistance à la décoloration lui donnent son caractère luxueux.

 

Theodoor van Thulden (1606-1669), La découverte de la pourpre, Madrid

L’apparition des échanges mondiaux

 

Entre le Ier siècle av. J.-C. et le IIIe siècle apr. J.-C., avec l’avènement de l’Empire romain, on voit réellement apparaitre des produits de luxe. On constate en effet un essor remarquable de la demande de biens produits par différentes sociétés reliées à l’océan Indien, ainsi qu’une mainmise de Rome sur la mer Méditerranée. Des produits connus depuis des temps plus anciens (encens, myrrhe, poivre, ivoire…) sont de plus en plus appréciés à Rome, à la faveur de nouveaux modes de consommation : on en veut davantage et on demande des qualités différentes. Une frange de la société romaine s’attache ainsi à des produits que les Grecs connaissaient mais dont ces derniers n’étaient pas très demandeurs (le gingembre, le parfum du nard du Gange, les perles, l’écaille de tortue et la soie).

 

De nombreux biens précieux, caractérisés de « biens exotiques », circulent sur les routes sur de longues distances. Cela suppose de gros moyens matériels et financiers ainsi qu’une importante prise de risques. Provenant de contrées lointaines, ils répondent à une demande expresse de certaines couches sociales. Parmi eux, on trouve des produits à usage alimentaire ou médicinal (riz, sucre de canne…), mais aussi des étoffes variées (cotonnades, soie…) ainsi que des matériaux bruts ou transformés (acier indien, teck, ébène, amiante…). Les gemmes et perles (diamants, turquoises, béryls, opales, cristaux de roche…) sont très convoitées, de même que les écailles de tortue, cornes de rhinocéros, l’ivoire et autres produits d’origine animale. Enfin, les résines aromatiques et épices sont une denrée rare provenant d’Orient.

 

Les bijoux : marqueur de raffinement

 

Bien que le luxe soit composé de multiples produits et matériaux, les bijoux constituent un marqueur de raffinement tout particulier. Leur évolution à travers l’Égypte Antique, la Grèce Antique et la Rome Antique permettent de voir se succéder les techniques d’orfèvrerie.

 

Les bijoux de l’Égypte antique sont portés aussi bien par les hommes que par les femmes. Et ce aussi bien de leur vivant qu’après leur mort. Considéré comme impérissable et constituant la chair des dieux, fort donc d’une importance particulière, l’or est très utilisé par les égyptiens. Les bijoux sont par ailleurs riches en teintes, grâce à l’utilisation de pierres gemmes, ainsi que de verres colorés et d’émaux. Les bijoux de l’Egypte antique sont souvent riches en symboles et iconographie. La croix d’Ankh représente la vie tandis que l’œil d’Horus est synonyme de protection, santé et bon rétablissement. Le scarabée est quant à lui un symbole d’immortalité et de résurrection très utilisé dans l’art funéraire.

 

Bracelets en or, autrefois incrusté de lapis-lazuli (940 av J-C)

 

Les bijoux les plus connus de la Grèce antique nous proviennent, eux, de la période « Hellénistique ». Cette dernière a vu naître des exemplaires somptueux. La virtuosité des orfèvres et leur maîtrise du métal a permis la fabrication de pièces particulièrement détaillées. La tradition de l’échange de bagues comme gage d’amour nous viendrait d’ailleurs de la Grèce antique, tradition encore d’actualité avec les alliances, incontournables accessoires de nos mariages.

 

Collier en or et émail, chaine et pendentifs en forme de graine (330-300 av JC, retrouvé à Melos, Grèce)

 

Les techniques de joaillerie de la Rome antique sont pour leur part grandement influencées par celles d’autres civilisations. Au fil de ses conquêtes et de son expansion, l’empire Romain s’est ainsi approprié de nombreuses techniques aux origines diverses (grecques, orientales, égyptiennes, celtes…). Les Romains font grand usage des pierres (rubis, grenat, saphir, topaze…) ou de perles pour créer des pièces très colorées. Le motif de serpent est souvent utilisé pour leurs bracelets, bagues, brassards et autres boucles d’oreilles. Les pierres gravées sont elles aussi particulièrement appréciées, la complexité de leur technique étant symbole de luxe. Elles sont mises en valeur sur de nombreux supports (bague, pendentif, broche…).

 

Boucles d’oreilles en or, saphir en forme de coeur et grenat ovale (IIe-IIIe siècle)

 

Bracelet en or, en forme de serpent (Ier siècle après JC – découvert à Pompei, Italie)

 

On note enfin l’existence de bijoux fabriqués à partir de pièces d’or. Les monnaies en or aux portraits d’empereurs sont ainsi utilisées pour orner des bagues ou pendentifs. Argent et bijoux, un duo qui reste associé de façon étroite à la définition actuelle du luxe…

 

Lire aussi >LA GRANDE ÉPOPÉE DU LUXE (ÉPISODE 1) : LA PRÉHISTOIRE

 

Photo à la Une : ©INRAP

Grâce à une veille accrue et à une excellente connaissance de ces secteurs, la rédaction de Luxus Magazin décrypte pour ses lecteurs les principaux enjeux économiques et technologiques de la mode, l’horlogerie, la joaillerie, la gastronomie, les parfums et cosmétiques, l’hôtellerie, et l’immobilier de prestige.

Tags

Luxus Magazine recommande

Luxus Magazine N°8

Disponible dès maintenant