La grande épopée du luxe (épisode 4) : l’époque moderne

L’époque moderne (de 1492 à 1789) est une grande période d’évolution dans l’Histoire, et notamment le luxe. Avec la découverte de nouvelles terres, la sophistication des techniques ou le développement des relations commerciales, le marché du luxe connait probablement un âge d’or. Découvrez dans ce nouvel épisode les acteurs et les puissances en jeu, ainsi que les biens tant convoités de l’époque moderne.

 

Saviez-vous que la période moderne est sûrement la plus prolifique de notre histoire ? À cette époque, le luxe connait en effet une véritable expansion, marquée par une forte croissance économique et des avancées technologiques et artistiques majeures. Cette période est en effet caractérisée par l’émergence d’une classe de riches marchands et de rois qui rivalisent dans l’acquisition et l’affichage de produits de luxe.

 

Souvent utilisé pour impressionner et intimider les autres, le luxe au sens large du terme fait l’objet d’une véritable « course à l’armement », où chaque génération cherche à faire mieux que la précédente.

 

L’émergence d’empires et de dynasties

 

L’Empire Ottoman se dessine une place indéniable dans le commerce des biens luxueux, notamment en raison de sa position géographique stratégique, entre l’Orient et l’Occident. Il développe une industrie du textile florissante, avec des tissus de soie et de coton de haute qualité exportés dans toute l’Europe. Sur le vieux continent, les Médicis s’imposent comme une grande puissance politique. Famille puissante du XVIe siècle qui gouverne la ville de Florence pendant de nombreuses années, les Médicis financent des artistes et artisans de renom, tels que Michel-Ange et Léonard de Vinci. La grande richesse de la famille lui permet d’investir dans l’industrie du textile, en produisant des tissus de soie et de brocart luxueux très populaires en Europe.

 

 

En France, le luxe atteint son apogée grâce à la famille royale, et en particulier sous Louis XIV. Ce dernier crée une cour somptueuse à Versailles, devenue le centre de l’industrie du luxe en France. Pour répondre aux besoins de la cour royale et de la haute noblesse, on produit en abondance des biens de luxe tels que les bijoux, les tissus, les meubles et les arts décoratifs. Le ministre des Finances de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert,  a joué un rôle majeur. Il crée des manufactures royales, comme celle des Gobelins ou encore la Manufacture Royale de Sèvres. Financées par l’État, ces manufactures ont pour but de produire des biens de luxe de haute qualité qui pourraient rivaliser avec les produits étrangers.

 

 

Un commerce mondialisé

 

Dans la continuité du Moyen-Âge, les cités-états italiennes, notamment Venise, Florence et Milan, sont le centre de commerce et de production d’objets de luxe tels que la soie, le verre et la céramique. De même, Amsterdam devient un important centre commercial au XVIIe siècle, grâce à la puissance maritime de la République des Provinces-Unies et à son réseau commercial mondial. La ville est un centre d’échange pour des produits tels que les épices, les textiles, les diamants et les métaux précieux, ainsi que pour des produits manufacturés comme les meubles et les instruments de musique.

 

 

Mais les puissances européennes ne peuvent jouir d’un tel raffinement si elles n’établissent pas des comptoirs commerciaux. Ces derniers permettent d’appuyer leur influence et de produire toujours plus de richesses. L’Inde voit ses côtes prospérer grâce aux comptoirs portugais, anglais et français, qui entretiennent le commerce du coton, de la soie et d’autres produits luxueux. Les Espagnols établissent pour leur part des colonies en Amérique du Sud et Centrale, où ils exploitent les mines d’argent et d’or ainsi que le cacao, la vanille et les plumes exotiques. En Asie, les Néerlandais établissent des comptoirs à Batavia (Jakarta), et entreprennent le commerce de soie et de porcelaine. Les comptoirs français d’Amérique du Nord sont également célèbres en Acadie (Nouvelle-Écosse) et en Louisiane. Alors que les relations diplomatiques sont parfois compliquées, le commerce local et l’exportation de fourrures et de sucre permet d’enrichir le royaume.

 

 

En parallèle, des entreprises de commerce se développent comme la Compagnie des Indes orientales anglaise, fondée en 1600. Au fil du temps, elle obtient une mainmise considérable sur le commerce mondial, qu’il s’agisse d’épices, du thé, de la soie et de la porcelaine avec l’Asie, en concurrence avec les compagnies des autres pays européens.

 

L’apparition de nouveaux biens

 

Les bijoux et les pierres précieuses, les tissus fins ainsi que le mobilier de luxe ont déjà acquis une certaine popularité au Moyen Âge. Mais de nouveaux matériaux ou techniques renouvellent ces biens de luxe sous l’époque moderne. À commencer par la porcelaine, importée de Chine, et l’apparition de la chinoiserie, un style artistique et décoratif inspiré par les motifs et les thèmes de la Chine. En Europe, on incorpore à présent des motifs chinois dans la conception de meubles, de textiles et d’autres objets décoratifs, créant ainsi une fusion unique de styles chinois et européens.

 

 

L’horlogerie fait également son apparition, avec notamment les montres de poche. Ces dernières sont un symbole de statut et sont souvent fabriquées à partir de matériaux précieux tels que l’or et l’argent. Enfin, pendant la Renaissance, les œuvres d’art (peintures, sculptures…) sont extrêmement prisés par des mécènes riches et puissants pour décorer leurs maisons et leurs palais.

 

 

Avec une telle expansion, le luxe a un impact significatif sur la société, l’économie et la culture mais il contribue aussi à sa transformation. Il renforce ainsi les distinctions de classe et crée des différences marquées entre riches et pauvres. C’était bien avant l’arrivée du luxe accessible…

 

 

Lire aussi >LA GRANDE ÉPOPÉE DU LUXE (ÉPISODE 3) : LE MOYEN-ÂGE

Photo à la Une : © Pinterest

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