La Koutoubia, symbole d’un Maroc frappé par le séisme

Fêlée mais pas effondrée, telle pourrait être la devise de la Koutoubia, la mosquée millénaire miraculeusement rescapée du séisme d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter qui a frappé la région de Marrakech dans la nuit du  8 au 9 septembre.

 

Bien que Marrakech soit partiellement détruite, la ville impériale a été relativement épargnée. Les villages de l’Atlas ne peuvent en dire autant, dans la mesure où l’épicentre a été identifié dans la province d’Al-Haouz, par le Centre national de la recherche scientifique et technique (CNRST) basé à Rabat.

 

La catastrophe naturelle a entraîné la mort de 2800 personnes au moins dans le pays ainsi que 2500 blessés et détruit ou endommagé de nombreuses habitations traditionnelles et sites historiques.

 

Un monument devenu symbole de résilience

 

Le 9 septembre, lendemain de la catastrophe, le directeur régional du Bureau de l’UNESCO pour le Maghreb, Eric Falt a effectué une visite de la Médina – la plus grande d’Afrique du Nord avec une surface de 700 hectares – afin de constater l’ampleur des dégâts. Dans sa déclaration, il a insisté sur le fait de prioriser le sauvetage de vies humaines. Pour autant, il ne néglige pas la seconde phase qui consiste à reconstruire les écoles et les biens culturels.

 

Située à 72 kilomètres au sud-ouest de l’épicentre, Marrakech, cœur économique et touristique du pays (2 millions de touristes chaque année) reste la grande ville la plus proche du point d’impact du séisme.

 

Au milieu des décombres, un bâtiment a résisté envers et contre tout aux violentes secousses provoquées par un tremblement de terre d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter. Lesquelles ont été ressenties jusque dans les villes voisines de Rabat, Casablanca, Agadir et Essaouira

 

Il s’agit de la Koutoubia, un monument situé au cœur du quartier de la Médina et qui représente pour les musulmans comme les marrakchis, un symbole culturel et religieux doublé d’un point de repère urbain intangible pour se mouvoir dans la “ville rouge”. 

 

Son minaret, une tour du XIIe siècle de 77 mètres de haut, œuvre de la dynastie des Almohades, a beau avoir tangué, elle est restée debout. 

 

Le bâtiment – véritable modèle de mosquée dans le monde musulman – est connu pour être décoré de motifs géométriques et surmonté d’une flèche ainsi que d’un orbe de métal.

 

Ce joyau de l’architecture islamique, surplombant la place Jemaa el-Fna, est tout à la fois un emblème de la ville, un lieu de culte – les cinq prières du jour émanant de son enceinte – et plus encore un monument national qui figure sur les billets de banque du Royaume. 

 

Sa notoriété est telle qu’elle aurait servi de modèle architectural à la Giralda de Séville ou encore à la Tour Hassan de Rabat.

 

Pour autant, elle porte en elle les stigmates d’un épisode traumatisant pour les habitants de Marrakech, en pleine saison touristique.

Comme le précise le Directeur régional du Bureau de L’UNESCO pour le Mahgreb au journal local Le Matin, “Nous avons constaté des fissures importantes sur le minaret de la Koutoubia, la structure la plus emblématique mais aussi la destruction quasi complète du minaret de la place Jama El Fnaa.” Il ajoute que si les remparts de la ville sont également touchés, l’ancien quartier juif du Mellah reste “à l’évidence le plus affecté [dans la mesure] où les destructions de maisons anciennes sont les plus spectaculaires.”

Marrakech, touchée mais relativement épargnée

 

Bien que la presse internationale ait évoqué l’idée d’une ville “en partie en ruine”, il convient de nuancer le propos. 

 

En effet, si le quartier de l’ancienne Médina a été particulièrement frappé par le séisme, les constructions situées dans le quartier de Guéliz, très fréquenté, sont restées intactes. Dans cette zone d’habitation plus récente, les constructions traditionnelles en pisé présentaient des ossatures métalliques. 

 

Dans les villages reculés du Haut Atlas, au contraire on a pour habitude de faire avec ce que l’on trouve sur place, soit de la paille, de la terre, des pierres et ne pas vraiment suivre de règles. Ces constructions parfois de fortune qui ne présentent pas de maçonneries chaînées, offrent pourtant une moins bonne résistance en cas de séisme. 

 

Ainsi, sur le bilan toujours provisoire des 2800 morts que compte le Maroc, seul une quinzaine ont été recensés au sein de la ville de Marrakech

 

L’essentiel des victimes, littéralement écrasées par des constructions vétustes et répondant rarement aux normes parasismiques, se trouve surtout dans les villages environnant la ville impériale. Dans ces régions reculées et difficiles d’accès, la mort a frappé plus durement qu’ailleurs. 

 

Et alors que la saison froide se prépare, se pose la question d’une aide internationale. 

 

Un obstacle géopolitique à l’aide aux victimes

 

Après la catastrophe, l’heure est à la réparation et à la reconstruction. S’il est difficile d’évaluer l’ampleur des dégâts, en particulier dans les villages de montagne, les experts chiffrent la reconstruction à plusieurs centaines de millions d’euros

 

Depuis la catastrophe, la solidarité s’est néanmoins organisée de manière extraordinaire et des cagnottes ont été créées pour venir en aide aux sinistrés. 

 

Le Maroc étant un état souverain, les pays ne sauraient apporter leur aide sans au préalable y avoir été autorisés par le Royaume. 

 

Le Maroc a ainsi autorisé quatre pays à lui venir en aide, à savoir  l’Espagne, les Emirats, le Royaume-Uni et le Qatar… 

 

L’Algérie, pourtant en froid avec le pays, a ouvert pour la première fois son espace aérien

 

Le pays a pour l’heure décidé de ne pas solliciter la France. Un froids sans doute lié aux révélations d’écoutes de l’Elysée de la part des autorités marocaines dans le cadre de l’affaire Pegasus… 

 

Pourtant, l’Hexagone abrite une importante diaspora marocaine, évaluée à au  moins 1,5 millions d’individus par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie. 

 

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Photo à la Une : Annie Spratt/Unsplash

Victor Gosselin est journaliste spécialisé luxe, RH, tech, retail et consultant éditorial. Diplômé de l’EIML Paris, il évolue depuis 9 ans dans le luxe. Féru de mode, d’Asie, d’histoire et de long format, cet ex-Welcome To The Jungle et Time To Disrupt aime analyser l’info sous l’angle sociologique et culturel.

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