A son ouverture, le dimanche 19 octobre, le plus grand musée du monde a perdu huit de ses joyaux patrimoniaux dans un cambriolage spectaculaire. “Miraculée” de ce casse sans précédent touchant la galerie Apollon, la couronne de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, a été retrouvée brisée sur la chaussée.
A l’instar de nos voisins britanniques, la France possède bel et bien ses joyaux de la Couronne, un ensemble de gemmes et de diamants hérités de plusieurs siècles de magnificence royale et impériale, exposé dans la galerie Apollon au Musée du Louvre.
S’il restait peu de bijoux de provenance royale suite au spectaculaire casse du Garde-Meuble de la Couronne (ancêtre du Mobilier National), dans la nuit du 11 au 12 septembre 1792, sur l’actuelle place de la Concorde, le plus grand Musée du monde conservait des œuvres joaillières reflétant tout le savoir-faire des orfèvres des premier et second empire.
Parmi ses bijoux conservés au sein de la galerie Apollon, huit joyaux, dont la plupart datant du règne de l’empereur Napoléon III, ont été dérobés le matin du 19 octobre. Ce butin à la “inestimable”, reflet de l’histoire de France et des français a été dérobé par quatre malfaiteurs déguisés en personnel de chantier.
Un mode opératoire insolite
Vers 9h30 – en plein jour donc – un commando de quatre malfaiteurs, dont deux à bord d’un camion équipé d’un monte-charge et deux au guidon d’un puissant scooter sont donc arrivés au pied de la Galerie Apollon.
Trois d’entre eux, vêtus de gilets jaunes afin de simuler un chantier et de casques de motards, ont utilisé un monte-charge et installé des cônes de signalisation.
A l’aide de la nacelle du camion, ils se sont hissés aux balcons du premier étage du musée et ont utilisé une disqueuse pour briser une porte-fenêtre de la Galerie Apollon donnant sur la Seine. Le même mode opératoire aurait été utilisé pour briser et piller deux vitrines, celle des «bijoux Napoléon» et celle des «bijoux des souverains français» dont la première dans sa totalité.

D’après le Figaro qui a eu accès à des sources policières, les alarmes auraient retenti à 9h37. Cinq agents auraient été menacés par les malfaiteurs à l’aide de leur disqueuse avant que ces derniers ne prennent la fuite par le monte-charge à 9h38.
Il semble ainsi que, contrairement à ce qu’a dit le communiqué émanant du Ministère de la culture insistant sur le caractère opérationnel des alarmes intérieures et extérieures, les alarmes de la porte-fenêtre extérieure auraient été défaillantes. Des failles de sécurité avaient déjà été remontées à la direction un mois auparavant. C’est en tout cas la thèse que défend le média La Tribune de l’Art, celui-ci évoquant une source “très haut placée”. Si ces éléments venaient à être confirmés, la piste d’un complice au sein des équipes du musée pourrait être soulevée.
Suite à ce vol par effraction, le musée a fermé ses portes aux visiteurs toute la journée du dimanche. Ce lundi, l’institution a aussi décidé de rester portes closes. Soixante enquêteurs sont mobilisés.
Le président de la république, Emmanuel Macron s’est empressé de déclarer sur les réseaux sociaux : « le projet Louvre Nouvelle Renaissance, que nous avons engagé en janvier, prévoit un renforcement de la sécurité. Il sera le garant de la préservation et de la protection de ce qui constitue notre mémoire et notre culture ».
Le chef de l’Etat a promis de retrouver l’ensemble des œuvres volées et de traduire les malfaiteurs en justice.
L’enquête devra faire la lumière sur les failles du dispositif de sécurité du musée comme de la galerie Apollon, dont les vitrines, en principe blindées, avaient été restaurées en 2019 après dix mois de travaux.
Un trésor d’une valeur “inestimable”
Trésor d’une valeur “inestimable”, c’est le mot sur toutes les bouches depuis ce spectaculaire cambriolage de huit des joyaux de la Couronne de France du Musée du Louvre. Des joyaux qui avaient fait l’objet d’une expertise précise.

Ainsi, l’inventaire de 1691 fait état de 5 885 diamants, 1 588 pierres de couleur et notamment du plus beau saphir connu du monde – le « Grand Saphir » – ainsi que de 488 perles, dont la plus belle perle ronde connue en Europe – la « Reine des Perles » –, de 112,25 grains métriques. Au fil de l’histoire, les souverains successifs et en particulier Napoléon 1er et Napoléon III ont enrichi la collection d’autres gemmes et bijoux exceptionnels.
Lors de la vente aux enchères de mai 1887, intervenue sous la IIIe république, une large part du trésor royal – hormis certaines gemmes historiques – est dispersée pour 6 864 050 anciens francs, placés à la Caisse des dépôts et consignations.
Le Musée du Louvre s’était alors porté acquéreur de la broche reliquaire de l’impératrice Eugénie, désignée « agrafe rocaille » et constituée de quatre-vingt-cinq diamants montés sur argent doré.
A partir de 1985, le plus grand musée du monde n’aura de cesse de reconstituer le trésor royal. Ainsi, cette année-là, Le Louvre se porte acquéreur du diadème de la parure de la reine Marie-Amélie et de la Reine Hortense. Resté dans la descendance des Orléans, il n’avait pas été vendu en 1887. Le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la Reine Hortense est également acquis au même moment.
En 1992, la Société des amis du Louvre rachète le diadème de perles de l’impératrice Eugénie. Cette pièce joaillière exceptionnelle en argent doublé or, 212 perles d’Orient et 1 998 diamants avait été réalisée en 1852 par Alexandre-Gabriel Lemonnier.

Plus récemment, en 2004 et encore une fois grâce à la Société de ses amis, le musée parvient à mettre la main sur le collier en émeraudes de la parure de Marie-Louise, offert par Napoléon à Marie-Louise à l’occasion de leur mariage. Ne relevant pas des Collections nationales, la coiffe n’avait pas fait l’objet de la vente aux enchères de 1887.

En 2008, le musée avait pu acquérir auprès de la famille Astor, qui l’avait conservé durant un siècle, le grand nœud de corsage en diamants de l’impératrice Eugénie, réalisé en 1855 par François Kramer, joailler personnel de l’impératrice.

En 2015, le musée avait aussi racheté la broche d’épaule de l’impératrice Eugénie, réalisée en 1853 par François Kramer.
Les six joyaux susmentionnés ont ainsi été dérobés ce 19 octobre ainsi qu’une boucle d’oreille issue d’une paire de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense et que la paire de boucles d’oreilles en émeraudes de la parure de l’impératrice Marie-Louise.
La notoriété des pièces et leurs documentation exhaustive rend a priori toute revente impossible sinon particulièrement difficile.
La couronne de l’impératrice Eugénie “miraculée” et Le Régent épargné
Dans leur fuite, les malfaiteurs ont abandonné une pièce phare du trésor royal, la couronne de l’impératrice Eugénie. Celle-là même qui figure, posée sur un coussin, en arrière-plan de son portrait officiel peint par Franz Xaver Winterhalter en 1853.
Acquise en 1988 par le musée du Louvre, cette coiffe impériale composée de 1354 diamants blancs, 1136 roses et 56 émeraudes, montés sur or, avait été réalisée en 1885 par le joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier.

La couronne n’en est toutefois pas sortie indemne du vol. De nombreux témoignages évoquent une coiffe “brisée” sans qu’aucune photo ne soit parvenue quant à l’état actuel de ce joyau.
Par chance, la pièce la plus importante des joyaux de la Couronne de France, le Régent, conservé au Louvre depuis 1887, n’a pas été visée. Ce diamant blanc de 140,64 carats, découvert en 1698 à Golconde en Inde du Sud est considéré comme le plus beau et le plus pur des diamants. Si Philippe d’Orléans, premier acquéreur et régent lui a légué son nom, il a été porté par les souverains Louis XV, la reine Marie Antoinette et Napoléon 1er. Ce dernier arbore la pierre sur la garde de son épée de sacre avant de le faire figurer sur le pommeau de son glaive impérial. Après avoir été dispersé à la Révolution, il avait été retrouvé tout comme le Sancy lors du procès de Danton.

La couronne de Louis XV sertie de 282 diamants et de 64 pierres de couleur constitue l’autre joyau exceptionnel à avoir réchappé au pillage.
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Photo à la Une : Portrait de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, peint par Franz Xaver Winterhalter, 1853