David Bowie : dix ans après, l’étoile Ziggy Stardust ne s’éteint pas

Il y a dix ans, le 10 janvier 2016, le monde apprenait la disparition de David Bowie, à 69 ans. Plus qu’un musicien, Bowie fut un créateur d’univers, un caméléon culturel capable de transformer chaque album, chaque costume, chaque regard en événement. Son influence s’étend bien au-delà de la musique, touchant la mode, le cinéma et le spectacle, et sa capacité à réinventer la pop reste inégalée.

 

Né David Robert Jones le 8 janvier 1947 à Brixton à Londres, David Bowie grandit dans un environnement modeste mais créatif, où la musique, le théâtre et le mime l’initient à l’art de l’incarnation. Dès ses débuts, le britannique ne se contente pas de chanter : il performe, il raconte… il se transforme même avec sa dizaine d’avatars scéniques (Major Tom, Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack…). 

 

Artiste prolifique, il a sorti, en 54 ans de carrière, pas moins de 26 albums studios, vendus 140 millions d’exemplaires et tourné dans quelques 56 films et séries. Des chiffres qui grimpent encore si l’on comptabilise ses collaborations et sa présence comme sur les bande originales de films.

 

De Londres à Ziggy Stardust : l’ascension fulgurante d’un artiste total

 

Ses premiers singles passent presque inaperçus, mais en 1969, Space Oddity éclaire sa carrière. L’histoire de Major Tom, astronaute perdu dans le vide spatial, instaure la singularité de Bowie autour d’un mélange de mélancolie, de poésie et d’audace cosmique qui frappe le public et les critiques. Avec Hunky Dory (1971), il confirme sa maîtrise du songwriting avec des titres comme “Changes” ou “Life on Mars ?”, des morceaux qui conjuguent introspection et éclat pop.

 

L’année 1972 est celle de la consécration avec The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Souvent abrégé en Ziggy Stardust, l’album figure comme un OVNI rock, flamboyant, androgyne et théâtral, et Bowie le fait exister avec une présence scénique magnétique. Ses costumes d’inspiration Glam Rock, entre les combinaisons métalliques et les tenues scintillantes et androgynes, deviennent une extension de son art, autant que sa voix ou ses textes. Sur scène, il n’est plus seulement un musicien mais devient un performer au talent rare et magnétique. 

 

© Miramax, 1979

 

Les médias soulignent régulièrement cette intensité ; dans un portrait de Télérama, l’artiste confie : “Je n’ai jamais été naturellement en avance sur mon époque, j’ai lutté pour le devenir”. Une lutte qui se traduit par une quête de transcender la norme, de surprendre et de bouleverser les attentes, pour fédérer une communauté fidèle et nouvelle.

 

Parallèlement à sa musique, Bowie commence à explorer le cinéma, souvent pour accentuer cette aura d’étrangeté. Il apparaît dans The Man Who Fell to Earth (1976), incarnant un alien sur Terre, rôle qui devient un prolongement naturel de ses expérimentations scéniques, où l’homme et le personnage se confondent. Suivront Furyo (1983), Les Prédateurs (1983) et Labyrinth (1986), où il joue respectivement un officier britannique dans un camp de prisonnier japonais, un couple de vampires rattrapé par la maladie aux cotés de Catherine Deneuve ou encore le roi des gobelins, prouvant que son charisme ne connaît pas de limites.

 

L’artiste caméléon

 

Après Ziggy Stardust, Bowie refuse la stagnation. Dans Station to Station (1976) – dont on fête cette année les 50 ans – il incarne le Thin White Duke, figure plus froide et sophistiquée, oscillant entre glamour et ambiguïté inquiétante. Cette période, marquée par des tensions personnelles, est également celle où il expérimente des sonorités complexes et novatrices.

 

Pochette de l’album studio Station to Station © RCA Records, 1976

 

Sortie entre 1977 et 1979, la trilogie berlinoise (Low, Heroes, Lodger) avec Brian Eno et Tony Visconti, révèle un David Bowie capable de fusionner rock, électronique et ambient [un style électronique/techno doux et mélodieux, ndlr], ouvrant des horizons pour la pop moderne. Sur scène, il continue d’éblouir avec ses costumes, ses maquillages, sa gestuelle et sa présence scénique, qui font de chaque concert un spectacle total. David Bowie impose un nouveau paradigme : la pop comme art total, où musique, mode et performance ne font qu’un. 

 

Les années 1980 voient l’explosion de Let’s Dance, album qui mêle pop, funk et dance, et confirme qu’il peut séduire le grand public tout en restant Bowie. L’album enchaîne les tubes de Modern Love à Let’s Dance en passant par Modern Love. Puis, les années 1990 et 2000 le voient explorer rock industriel (Earthling), collaborer avec Tin Machine et multiplier les incursions cinématographiques et médiatiques, plus ou moins teintées d’autodérision, comme dans Zoolander (2001) ou The Prestige (2006).

 

L’artiste est également présent dans l’univers des séries. Suite à sa participation dans le film Twin Peaks: Fire Walk With Me (1992), il fait une apparition posthume dans l’épisode 14 de la Saison 3 de la série Twin Peaks (2017), du même David Lynch. Cette séquence onirique a été réalisé à partir d’images d’archive tandis que le dialogue a été enregistré à l’envers avant d’être remonté à l’endroit.

 

Pochette du livre de partition de musique Bowie Hits © Faber Music Ltd, 2024

 

Enfin, en 2016, l’icône glam-rock signe son testament artistique avec Blackstar, sorti le 8 janvier, deux jours avant sa mort. L’album, sombre et complexe, mêle jazz, rock et expérimentations sonores, un ultime adieu conscient et poétique. 

 

Sa disparition le 10 janvier 2016 bouleverse le monde, mais scelle une légende d’un artiste qui a refusé de se répéter et qui a exploré jusqu’au bout les frontières de l’art, de la scène et de l’identité.

 

En février 2018, le magnat Elon Musk choisit de sonoriser le lancement de Falcon Heavy de Space X auquel est arrimé une décapotable rouge au son de Space Oddity avec son bord un mannequin prénommé Starman. En 2022, le documentaire Moonage Daydream de Brett Morgen (tiré d’un des titres de l’album Ziggy Stardust) présenté en sélection officielle au festival de Cannes reste le dernier hommage au chanteur britannique. 

 

Dix ans après sa mort, David Bowie continue de changer le monde et d’inspirer ceux qui osent se réinventer.

 

 

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Photo à la Une : pochette de l’album studio Aladdin Sane © RCA Victor, 1973

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