Depuis sa plus tendre enfance, en bon synesthésique, les mots lui évoquent des couleurs saturées et le Ghana, son pays d’origine, lui offre une toile d’inspiration sans fin. Autodidacte, Prince Gyasi s’est fait connaître par sa vision positive et colorée de la culture africaine immortalisée au smartphone. A l’occasion d’Art Basel, il est au cœur d’une exposition inédite, du 22 octobre au 1er décembre 2025, à l’hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme.
Ne dites pas de lui qu’il est un simple photographe. Prince Gyasi, trente ans, se revendique comme un artiste à part entière. Son œuvre tire sa source de son enfance à Accra, la capitale du Ghana où il vit toujours, mais également de sa maîtrise hors pair de l’iPhone d’Apple. Avec son smartphone, il délivre des clichés aussi éclatants que poétiques, donnant à voir une autre vision de l’Afrique, optimiste et lumineuse, loin d’une image occidentalo-centrée faite de pathétique et de misérabilisme qui colle encore trop souvent au continent arc-en-ciel.
Ses œuvres font partie des collections d’art contemporain les plus prestigieuses au monde, notamment celles de Jean Pigozzi et de la Fondation François Pinault (Palais de la Bourse, Paris). Il a notamment exposé à l’édition 2022 du festival de photographie Kyotographie à Kyoto, au Japon mais aussi pris part en 2022 à des expositions collectives au Museo de Arte do Rio de Janeiro, au Brésil, et au Pôle d’art contemporain de Cannes. Conférencier à l’université d’Oxford et au Skoll World Forum 2019, il a notamment collaboré avec des marques diverses telles que Apple, Converse, Balmain, Off-White, Madame Figaro, Vanity Fair ou encore GQ amérique.
Jusqu’au 1er décembre, Prince Gyasi, représenté par MAAT Gallery dans la Ville Lumière, fait l’objet d’une exposition monographique réunissant au sein de l’hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme certaines de ses œuvres les plus emblématiques depuis ses débuts, ainsi que des photographies inédites dévoilées pour la première fois à Paris.
La photographie à 16 ans
Né en 1995 à Accra au Ghana, Prince Gyasi est un artiste visuel qui a découvert par lui-même la photographie à 16 ans. Nous sommes alors en 2011 et l’iPhone n’est sur le marché que depuis quatre ans. L’artiste-lycéen embrasse cette révolution du smartphone dès 2014 avec un premier modèle de la marque à la pomme. Ses premiers sujets sont ses amis, sa famille voire des mannequins de sa ville natale.
Son travail singulier sur iPhone lui permet de se démarquer autant que de démocratiser la pratique artistique bien loin de l’aspect élitiste de l’art et de la photographie. « J’aime rappeler aux gens que l’art n’est pas une question d’outil entre vos mains, mais un message clair qui vient de l’intérieur » déclare-t-il au Time Magazine.

En décembre 2018, le géant de la tech Apple lui passe commande d’un projet intitulé A Great Day In Accra. L’occasion lui est donné du même coup de promouvoir le Hiplife, un genre musical populaire du Ghana, à travers une série de portraits de musiciens locaux.
Pour illustrer sa collection Balmain automne 2022 inspirée par le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, Olivier Rousteing fait appel à lui. Ses couleurs vibrantes contrastent avec la représentation en aquarelle communément associée à cette fable universelle. Le directeur artistique de la Maison de mode parisienne ne pouvait rêver meilleur metteur en scène tant par son univers polychromatique que par son engagement pour la jeunesse. Prince Gyasi a 21 ans lorsqu’il cofonde Boxedkids avec sa partenaire, réalisatrice de cinéma, Kuukua Eshun. Inspiré par la préparation d’un événement pour sa mère, cette organisation à but non lucratif contribue à pourvoir à l’éducation des enfants de Jamestown, un quartier de pêcheurs de la capitale ghanéenne où sa propre mère a grandi.
En 2023, l’artiste ghanéen devient le premier photographe noir à shooter le fameux calendrier Pirelli, tout un symbole de la culture contemporaine débarrassé de sa dimension voyeuriste et de ses femmes dénudées, au moment même où la marque de pneu souffle ses 60 bougies. Là encore, l’inspiration comme les mannequins viennent de Jamestown, un quartier voisin de chez lui. La même année, Prince Gyasi obtient un début de consécration, en étant désigné comme faisant partie des « Next Generation Leaders » par le Time Magazine.
Redéfinition des codes de la culture africaine
Le travail de Prince Gyasi, à la fois intime et engagé, offre une contre-narration aux représentations occidentales de l’Afrique. A la misère et au malheur, il oppose joie et couleurs. Les tonalités particulièrement saturées, ses contrastes forts et ses arrière-plans unis et vifs lui permettent de célébrer l’énergie, l’élégance et la résilience de sa génération. A ses yeux, « la couleur peut servir de thérapie, elle peut traiter la dépression et transformer les émotions ».

Sa pratique participe d’une forme de synesthésie visuelle. Ce phénomène neurologique consiste à associer les couleurs à des émotions, des sensations, pour immerger le spectateur dans un univers sensoriel. Ses œuvres évoquent tour à tour des thèmes universels tels que l’enfance, l’espoir, la féminité, la résilience, l’alimentation et bien entendu, l’esthétique noire. Les corps noirs sont d’ailleurs bien mis en lumière dans ses compositions défiant les standards occidentaux de la beauté. Historiquement, les artistes ont, en effet, souvent dépeint l’Afrique sous un jour négatif, perpétuant ainsi les croyances racistes à l’égard du continent et de ses habitants.
“En tant qu’artiste visuel, je pense que mon rôle est de redessiner l’image de l’Afrique pour le reste du monde, en effaçant la négativité souvent associée à ses représentations, pour en montrer les aspects positifs, et c’est notamment ce constat qui m’a inspiré à créer quelque chose de beau” a-t-il déclaré.
Rétrospective inédite
Coïncidant avec Art Basel Paris et Paris Photo, l’exposition rétrospective consacrée au photographe ghanéen Prince Gyasi, qui se tient au Park Hyatt Paris-Vendôme est orchestrée par la commissaire Constance Breton.
Fidèle à sa tradition de dialogue entre art, luxe et hospitalité, le palace contemporain de la Place Vendôme transforme ses espaces en véritable galerie, offrant une immersion artistique unique. Les œuvres de l’artiste sont à retrouver jusqu’au 1er décembre dans le lobby de l’hôtel ainsi qu’au restaurant Café Jeanne.
Afin de sublimer l’expérience, Prince Gyasi a également collaboré avec le maître parfumeur du palace, Blaise Mautin pour créer une signature olfactive exclusive, invitant les visiteurs à une rencontre sensorielle inédite.

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Photo à la Une : © Courtesy of Prince Gyasi and Armand Dasilva