De la cuisine d’un menuisier allemand aux plus prestigieuses salles de concert du monde, Steinway & Sons incarne l’excellence, la passion et l’histoire de la musique. Depuis plus de 170 ans, chaque piano raconte une histoire, chaque note est une signature, chaque artiste, un ambassadeur de cette légende.
L’histoire commence en 1797, dans le Harz allemand, avec Heinrich Engelhard Steinweg, un jeune homme au regard visionnaire. À 20 ans, il fabrique déjà ses premiers instruments à cordes. En 1836, dans sa cuisine, il assemble son premier piano à queue, expérimentant des techniques audacieuses, comme le chevalet en une seule pièce. Ce piano n’était pas seulement un instrument : c’était une promesse, celle de créer un son d’exception.
En 1850, Heinrich s’exile aux Etats-Unis avec sa famille. À New York, il américanise son nom – Steinweg devient Steinway – et il fonde en 1853 Steinway & Sons avec ses fils. L’entreprise familiale se distingue aussitôt par une obsession pour la qualité, l’innovation et la fiabilité. Des valeurs qui feront sa renommée mondiale.
Innovation et conquête du monde
Dès 1857, Steinway dépose son premier brevet majeur : le cadre en fonte monobloc, garant d’une puissance et d’une stabilité sans précédent. En parallèle, le système de cordes croisées voit le jour, jetant les bases de l’harmonie légendaire des pianos Steinway.
La production s’accélère dans les années 1860. L’usine de Park Avenue passe de 500 à 1800 pianos par an. En 1865, un grand prix à l’Exposition universelle consacre la qualité de l’entreprise. L’année suivante, la firme ouvre le Steinway Hall, deuxième plus grande salle de concert de New York, aujourd’hui fermée, transformant la marque en véritable symbole culturel et prouvant son audace marketing.
L’Europe n’est pas en reste : en 1870, une manufacture voit le jour à Hambourg, permettant de conquérir le vieux continent. Dès 1871, la marque produit un piano par heure et lance son programme d’artistes Steinway, une idée visionnaire qui fera date : les pianistes les plus célèbres reçoivent des instruments gratuitement en échange de leur fidélité musicale. Anton Rubinstein inaugure la liste, enchaînant 215 concerts en 239 jours. Pendant ce temps, son fondateur historique se retire des affaires, laissant place à une nouvelle génération d’entrepreneurs.

Vladimir Horowitz, Arthur Rubinstein ou Glenn Gould ont tous tissé un lien intime avec leur Steinway, comme une extension de leur corps et de leur âme. Dans le jazz, Duke Ellington, Bill Evans et Thelonious Monk trouvent dans le Steinway la richesse harmonique nécessaire à leurs improvisations, tandis que dans le monde contemporain, Lang Lang, Billy Joel ou Tori Amos prolongent cette tradition.
Un monopole post Seconde Guerre mondiale
Bien que la concurrence ait été féroce, un tournant a lieu après la Seconde Guerre mondiale. Comme l’indique le pianiste Michel Dalberto dans les colonnes de Radio France, “de nombreuses réserves de bois ont été détruites lors de la Libération. Les réserves de bois de Bechstein en Allemagne et de Bösendorfer à Vienne ont flambé. En plus de cela, la veuve Bechstein était une grande partisane d’Hitler, donc ils ont dû faire profil bas après la guerre pendant une quinzaine d’années. Blüthner, qui faisait de magnifiques pianos, était à Leipzig, derrière le rideau de fer. Yamaha était au Japon, mais après la guerre, le pays pensait à autre chose que faire des pianos. C’est triste de parler des marques françaises, mais elles ont aussi graduellement disparu. Il n’y avait donc plus qu’un seul choix. Il y a eu un concours de circonstances extrêmement favorable pour Steinway”.
D’autant plus que la domination de la marque est consolidée par la qualité de ses pianos. “Le monopole de Steinway vient de la fiabilité de sa mécanique mais surtout de l’équilibre des registres. On passe du registre grave au bas médium à l’aigu et à l’extrême aigu d’une manière parfaitement homogène. Je dirais également : une mécanique extrêmement légère par rapport à d’autres marques, […] et puis bien évidemment, le son Steinway, cette sonorité qui a pratiquement inventé une certaine forme de vibrato sur tout ce qui est le haut médium aigu et l’extrême aigu, avec la condition sine qua non que le piano soit bien entretenu et réglé au millimètre” explique Philippe Cassard, pianiste et producteur à France Musique, à Radio France.
L’artisanat au cœur de l’excellence
“Chez Steinway & Sons, le temps est un maître mot : les bois sèchent et mûrissent pendant deux ans en moyenne, et il faut encore presque une autre année avant qu’un piano quitte la manufacture” explique la marque sur son site.
Chaque instrument est façonné à 80% à la main, assemblé avec une minutie digne d’un horloger. Le son Steinway est le fruit de cette patience, de ce savoir-faire et de cette obsession du détail, offrant un équilibre parfait entre graves profonds, médiums riches et aigus cristallins.

Les modèles de salon modernes, comme le Model A et le Model B, accompagnent l’essor du jazz et de la musique populaire au milieu du XXème siècle, tandis que le B211, avec ses 211 cm, reste un choix emblématique pour les studios d’enregistrement, les conservatoires et les foyers de passionnés.
Dans les années 2000, la marque repousse encore les limites avec le Steinway Spirio, un piano auto-jouant haute définition, preuve que tradition et modernité peuvent coexister sans jamais trahir l’âme de l’instrument.
Depuis sa création, Steinway a déposé près de 140 brevets et continue de dominer le marché musical mondial. Plus qu’un piano, un Steinway est un compagnon de vie, un instrument qui transcende le temps et les genres, reliant artisans, artistes et mélomanes dans une même passion : celle de la musique.
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Photo à la Une : Steinway